Jean-Claude Trichet n'a pas cédé aux pressions exercées ces derniers jours par les responsables politiques et les exportateurs de la zone euro. Ces derniers s'alarmaient d'un resserrement monétaire qui renforcerait l'euro et pénaliserait un des principaux moteurs de la croissance, les exportations, dont un quart traverse l'Atlantique.

Mais qui en doutait vraiment? Depuis Madrid, où le Conseil des gouverneurs se réunissait un peu plus tôt dans la journée, le très indépendant Jean-Claude Trichet a annoncé un relèvement du principal taux directeur de la BCE de 25 points de base (un quart de pourcentage) à 2,75%. La hausse à 2,3% de sa prévision d'inflation dans la zone euro pour 2006, contre 2,2% en mars, explique cette décision.

Certains avaient parié sur une hausse de 50 points de base. Ces «faucons» de l'inflation ont reçu «une douche écossaise», comme le notait jeudi soir la banque française BNP Paribas. Dans la foulée, l'euro a aussi nettement décroché face au billet vert, plongeant à 1,2660 dollar, contre 1,28 la veille à la clôture, et encore 1,29 dollar lundi. Paradoxalement, l'annonce de la BCE aura donc répondu positivement aux pressions relayées jusqu'au sein du Fonds monétaire international.

Plusieurs autres arguments expliquent ce fléchissement de la monnaie unique. La BCE a notamment révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro en 2007, à 1,8% contre 2% auparavant (toujours 2,1% pour 2006). Cette projection appuie l'analyse de la banque Sarasin. Jan Poser, son économiste, doute que la croissance européenne puisse prendre le relais de celle des Etats-Unis, qui faiblit.

Autre raison, selon Jan Poser, la récente nomination de Henry Paulson au Trésor américain, en remplacement d'un John Snow essoufflé. Or l'ancien patron de Goldman Sachs soutient un dollar fort.

Jacques Nicola, économiste chez Bordier & Cie, voit une tout autre explication à la dépréciation de la monnaie unique. «La faiblesse actuelle du yen entraîne l'euro, assure-t-il. Comme le révèle la forte baisse de Tokyo (ndlr: la Bourse a perdu plus de 3% jeudi), l'économie japonaise ne va pas aussi bien qu'anticipé par beaucoup d'investisseurs. En particulier, la consommation tarde à redémarrer. Enfin, le différentiel de taux avec les Etats-Unis incite les institutionnels japonais à vendre le yen contre le dollar.»

Le prochain mouvement de la BCE changera peut-être la donne. En réaffirmant que les taux directeurs restent «bas», Jean-Claude Trichet a laissé la porte ouverte à un nouveau resserrement monétaire d'ici à la fin de l'année.