Zone euro

La BCE s’inquiète d’une future crise

La Banque centrale européenne a mis fin jeudi à son programme d’assouplissement monétaire qui a assuré un accès facile au crédit à l’économie depuis mars 2015. Mario Draghi maintient une politique accommodante en raison des risques conjoncturels qui planent

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé jeudi la fin des rachats d’actifs publics et privés dès la fin du mois. Le programme avait débuté en mars 2015 et durant les 19 premiers mois, elle en a acquis pour 60 milliards d’euros par mois, avant de baisser le rythme. Au total, elle aura injecté 2600 milliards d’euros pour aider l’économie de la zone euro.

La BCE ne met toutefois pas fin à sa politique monétaire accommodante. Les taux directeurs qui sont proches de zéro seront maintenus «au moins jusqu’à l’été 2019 et au-delà si nécessaire», selon son président Mario Draghi. Par ailleurs, elle commencera dès janvier par réinvestir les montants dégagés par les obligations de son portefeuille arrivant à maturité.

Boîte à outils

A l’issue de cette dernière réunion des gouverneurs de la BCE en 2018, Mario Draghi a d’emblée expliqué que le programme d’assouplissement monétaire (dont le but était de faciliter l’accès au crédit tant aux entreprises qu’aux ménages) avait atteint son objectif. «La zone euro a non seulement déjoué toute tendance déflationniste, mais également retrouvé la croissance, a-t-il affirmé. Par ailleurs, la BCE dispose désormais d’une boîte à outils qui pourra servir en cas de nouvelles crises.»

Lire aussi: «La BCE doit livrer une vision à long terme de sa politique monétaire»

Nouvelles crises? Mario Draghi n’a en effet pas caché ses inquiétudes. Du reste, la BCE a révisé ses prévisions conjoncturelles pour 2018 et pour les années suivantes à la baisse. Le taux de croissance de la zone euro pour cette année sera, selon elle, de 1,9%. Il descendra à 1,7% en 2019 et autant en 2020. «Les risques sont globalement équilibrés, mais sont maintenant orientés à la baisse», a fait comprendre le président de la BCE. Il s’est également référé aux résultats d’un sondage réalisé par son institution auprès des PME de la zone euro: un certain pessimisme s’est installé. Et d’ajouter: «2017 était une année extraordinaire avec une croissance de 2,3%», s’est souvenu Mario Draghi.

Incertitudes

Pour la BCE, les principaux risques qui peuvent faire dérailler le moteur de la zone euro sont les incertitudes géopolitiques, le protectionnisme, la volatilité des marchés financiers et les faiblesses des économies émergentes. Il a tout de même mis en garde contre toute panique. Selon lui, les toutes dernières nouvelles liées à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine indiquent une tournure positive. «J’aimerais plutôt parler de confiance, mais avec de plus en plus de prudence», a-t-il ajouté.

Et lire également: Malgré les nouveaux risques, Mario Draghi garde le cap

A quand la hausse des taux d’intérêt dans la zone euro? Les paris sont ouverts. Selon des économistes sondés par l’agence Bloomberg, elle n’interviendrait pas durant le reste du mandat de Mario Draghi, qui quittera la BCE en octobre prochain. «Il partira sans actionner le mouvement à la baisse», avance Eric Dor, directeur des Etudes économiques à l’IESEG School of Management attachée à Université catholique de Lille. Selon lui, le président de la BCE a montré un certain courage et un certain pragmatisme face à la crise de l’euro. «Notamment lorsqu’il a affirmé que la BCE était prête à faire tout ce qu’il fallait (whatever it takes) pour éviter l’explosion de la crise de l’euro en 2012», rappelle-t-il.

Il n’empêche que pour Eric Dor, la politique monétaire accommodante de la BCE a aussi son revers. «Des millions de retraités et d’épargnants ont subi de baisses de revenus considérables à cause du taux d’intérêt bas, notamment en Allemagne», explique-t-il. L’argent facile a alimenté des bulles dans des actifs risqués, notamment dans l’immobilier. «Des banques ont aussi prêté aux entreprises qui étaient déjà surendettées», avertit le professeur Dor.

Et aux Etats-Unis

La réunion de ce jeudi précède celle de la Réserve fédérale, qui aura sa derrière séance de travail de l’année mardi et mercredi prochains à Washington. A l’agenda, une probable hausse des taux, la quatrième de l’année. Or, dans une interview à l’agence Reuters, le président américain Donald Trump a fait comprendre qu’une telle mesure ne serait pas bienvenue. «Vous devez comprendre que nous menons des guerres commerciales contre la Chine et d’autres pays et nous sommes en train de les gagner. J’ai besoin de la flexibilité des taux bas pour soutenir l’économie américaine.»

Publicité