Que fera le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) lors de sa prochaine réunion le 8 décembre prochain? La réponse est attendue avec une certaine impatience. D’autant plus que du côté des Etats-Unis, Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale, a laissé entendre la semaine dernière qu’elle s’orientait vers un resserrement monétaire.

La BCE pourrait opter pour le maintien de sa politique d’assouplissement monétaire qui arrive à échéance en mars 2017 ou le prolonger pour une période additionnelle. Lors d’une audition lundi soir devant le Parlement européen, Mario Draghi, le président de la BCE, a clairement laissé entendre que les mesures prises à ce jour portent leurs fruits et qu’elles seraient maintenues «aussi longtemps que nécessaire» afin de remettre l’économie européenne solidement sur les rails.

La BCE maintiendrait alors un taux d’intérêt qui est à un niveau historiquement bas – proche de 0% –, afin de faciliter l’accès aux crédits tant aux ménages qu’aux entreprises. Elle poursuivrait aussi le programme de rachat d’actifs publics à hauteur de 80 milliards d’euros (88 milliards de francs) par mois. Mario Draghi a répété qu’il était favorable à la politique accommodante. «La reprise est là, elle est certes modeste, mais elle est constante, a-t-il souligné. Notre objectif est de la rendre durable.» Le président de la BCE a salué le décollage qui se vérifie par la baisse du chômage; il est passé de 12% en 2013 à 10% en 2016.

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Amélioration aussi sur le front de la stabilité des prix, dont la surveillance est l’une des premières tâches de la BCE. De -0,2% en février, le taux d’inflation est passé à 0,5% en octobre. C’est un grand bond en avant, mais c’est loin de l’objectif de 2% fixé par le Pacte de stabilité et de croissance. Selon Mario Draghi, il atteindra entre 1,5% et 2% en 2018 si la dynamique actuelle est maintenue.

Rôle capital des banques

Le président de la BCE a tenu à souligner le rôle capital joué par les banques européennes dans la relance. Pour commencer, le secteur a reconnu que l’une des principales causes de la crise financière mondiale a été sa déréglementation excessive au cours de deux dernières décennies. Désormais, après une série des mesures, notamment la mise en place de l’Union bancaire qui veille à la solidité des grandes banques, le secteur est désormais plus réglementé et plus robuste. «Celles qui avaient accordé trop de prêts ont dû assainir leurs bilans et renforcer leurs fonds propres, a-t-il dit. La re-réglementation du secteur financier participe pleinement au programme de retour à la croissance.»

En effet, la robustesse retrouvée des banques leur a permis d’augmenter les crédits aux entreprises et aux ménages et donc à la consommation. Selon Mario Draghi, les conditions sont ainsi réunies pour relancer la consommation et in fine, les investissements et la création d’emplois. «Les banques sont désormais plus résilientes aux chocs extérieurs tels que l’affaiblissement des économies émergentes, l’effondrement des prix des matières premières et même au Brexit, a-t-il poursuivi. Les établissements les plus sains continuent à accorder des crédits nécessaires aux entreprises.» Un facteur qui a largement contribué à l’expansion de la demande intérieure comme principal moteur de croissance de la zone euro. Depuis 2013, les exportations nettes ont à peine contribué à la croissance du produit intérieur brut en raison de la détérioration de l’environnement économique international.

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Faible rentabilité des banques

Le président de la BCE a enfin tenu à souligner que si la re-réglementation s’est traduite par une meilleure solvabilité des banques, le niveau de créances risquées reste élevé dans de nombreux pays. Autre problème lié au taux d’intérêt faible: la rentabilité des banques est en baisse et ce phénomène peut affecter négativement leur capacité à prêter aux ménages ou aux entreprises.

Ainsi Mario Draghi est-il resté sur la réserve malgré le retour d’un certain optimisme. Selon lui, la prudence est de mise aussi à cause des risques politiques et géopolitiques qui renforcent les incertitudes, y compris en Europe.