Une «banque de proximité par excellence», comme le souligne le président de son conseil d'administration Claude Schorderet: jeudi, la Banque Cantonale de Fribourg (BCF) a publié des résultats en progression pour la septième année consécutive. Affirmant son «rôle d'établissement bancaire pilote» du canton noir et blanc, la BCF termine l'année 2000 avec un bilan en hausse de 9,1% à 7,94 milliards de francs. Ceci montre un regain d'activité commerciale et hypothécaire qui se traduit dans l'augmentation des revenus d'opérations d'intérêts (+3,7% à 116,9 millions).

Objectifs 1993 atteints

Mais la BCF montre aussi de bons résultats dans les revenus sur les affaires de commission avec des actifs de la clientèle qui ont progressé à plus de 4 milliards. Ayant maîtrisé ses charges, la banque a pu augmenter son bénéfice brut de 7,8% à 79,8 millions. Le besoin en provisions a baissé et elle clôt l'exercice avec un résultat net de 31,7 millions (+20,3) qui permet un dividende de 16,4% à l'Etat.

«Ca roule pour la BCF!» se réjouit le président de sa direction générale, Albert Michel: «Elle entre en pleine forme dans le troisième millénaire…»

En pleine forme, mais aussi plus solide que jamais: la proportion des fonds propres (506 millions à fin 2000) par rapport au total du bilan est passée en dix ans de 2,4% à 6,4% et le ratio de couverture est aujourd'hui de 143%. En moyenne, la rentabilité des fonds propres s'établit à 9,1% à la fin de l'exercice écoulé et la BCF a pu engloutir sans problème les 145 millions du bilan de la Caisse d'épargne de Planfayon, en Singine, qui est venue étoffer son réseau.

Avec un ratio charges/produits de 48,8%, proche de l'idéal – 45% à 46% – visé par sa direction générale, et une structure de revenus (75% pour les affaires d'intérêts avec une marge nette de 1,55%, 20,5% pour celles de commission et le solde pour les affaires de négoce) en lent rééquilibre, la BCF atteint peu à peu les objectifs qu'Albert Michel lui avait assignés en 1993 au moment d'en prendre les rênes. Mais ce tableau comporte quelques légères ombres. Le fort recul (-59,4%) des revenus des opérations de négoce trahit sans doute une faiblesse quant aux forces dont dispose la BCF pour maîtriser les péripéties boursières. A ce niveau, Albert Michel a souligné qu'il cherchait toujours à étoffer ses équipes spécialisées. Par ailleurs, la bonne marge d'intérêts de la BCF lui permet certes de ne pas encore utiliser des outils financiers pour la piloter ou de penser à introduire une politique de taux différenciés. Mais elle souffre aussi d'un recul persistant de l'épargne (-4,7% à 2,5 milliards en 2000).

Les dépôts de la clientèle (épargne, obligations de caisse et autres fonds des clients) ne couvrent plus que 74% du total des hypothèques contre 84% il y a deux ans! Logiquement, la BCF doit donc faire un plus grand usage de sa capacité d'emprunt auprès de la Centrale suisse des lettres de gage (+13,5% à 1,5 milliard) et des investisseurs privés (les engagements envers les banques progressent de 28,2% à 1,4 milliard).

La BCF a encore une cote excellente auprès de ces prêteurs. Sa notation implicite serait AA +. Mais la forte croissance de son bilan, réjouissante à première vue car elle signale son activisme auprès de la clientèle commerciale du canton de Fribourg (700 des 1761 nouveaux clients sont à caractère commercial), place la BCF dans une situation inconfortable de quasi-monopole local.

Les grandes banques n'ont en effet pas encore redécouvert le canton. Les banques Coop et Migros, les banques Raiffeisen et les sept banques régionales restantes y jouent un rôle marginal sur le marché des crédits. C'est donc la BCF qui est la principale banque commerciale du canton.

Cela souligne son poids économique. Mais cela lui donne une responsabilité politique qui pourrait être aussi un handicap en la rendant vulnérable à un retour de bâton conjoncturel. Ces prochaines années, son principal défi sera donc sans doute de savoir «brider» sa croissance.