Après un bon semestre d'activité, la Fondation de valorisation des actifs de la Banque Cantonale de Genève (BCGE) s'est présentée jeudi à la presse dans ses locaux de Rive. Constituée sur une base légale datant de mai 2000, elle a pour but de recouvrer les crédits pourris de la BCGE garantis par gages immobiliers. La banque a ainsi cédé des crédits à la fondation pour un montant de 5,07 milliards de francs. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les cinq membres du conseil de fondation, présidé par l'avocat Alain Lévy, n'ont pas chômé depuis le mois de juin. A raison d'une réunion par semaine, ils ont commencé par mettre en place l'organisation de la fondation, notamment en engageant 23 personnes: 12 collaborateurs de la BCGE et 11 spécialistes bancaires, juridiques et immobiliers. Ils ont ensuite notifié aux 450 débiteurs concernés la cession des créances à la fondation. En parallèle, le conseil s'est attelé à une tâche dont les conclusions sont très attendues: l'expertise des actifs immobiliers.

Le portefeuille immobilier est composé de 1417 objets, dont la moitié est constituée d'appartements. Une part importante des actifs, 1,8 milliard de francs au 30 juin 2000, consiste en des créances envers des sociétés de portage. Le total des gages ayant été surestimé lors de l'octroi de prêts, il est donc urgent d'en connaître la valeur afin d'évaluer précisément les pertes qui résulteront de leur vente.

La fondation a demandé des expertises pour les biens les plus importants (dont la valeur est supérieure à deux millions de francs), qui totalisent des crédits de 3,8 milliards sur 5,07 milliards. «Nous voulions déterminer très rapidement le montant des pertes sur les gros objets, explique Christian Grobet, membre du conseil. Car sur les plus petits (environ 50% du portefeuille), les pertes seront moindres.»

Les expertises devraient être terminées à la mi-mars, la moitié du travail étant déjà fait. «Pour l'instant, nous ne dépassons pas la barre des 50% de pertes», poursuit l'avocat. L'estimation du Département des finances de pertes totales avoisinant les 2,5 milliards de francs (sur 5,07 milliards) semble donc correcte. Mais attention, avertit Christian Grobet: rien ne dit que la vente d'un objet ne sera pas réalisée à un niveau supérieur à celui estimé par les experts, qui établissent des valeurs très prudentes afin que l'Etat provisionne suffisamment d'argent. Le parc immobilier suscite en effet de l'intérêt, tant de la part d'acteurs étrangers et suisses que d'investisseurs institutionnels.

La fondation a procédé à trois ventes à des tiers et acquis 45 immeubles qu'elle revendra ensuite. Pour ce faire, elle ne se sent pas pressée. D'une part parce que ses activités sont prévues pour une durée indéterminée; d'autre part et surtout pour ne pas donner l'impression aux éventuels acquéreurs d'être aux abois, ce qui ne manquerait pas de provoquer une sous-enchère.

Le conseil de fondation a également détaillé jeudi les comptes 2000 (deuxième semestre) et le budget 2001. L'an dernier, les revenus, qui comprennent essentiellement les intérêts débiteurs et les rentrées de loyers, se sont établis à 58 millions de francs contre 104 millions de charges. Cette année, les revenus et les charges devraient progresser à respectivement 116 millions et 217 millions. Les déficits devront être épongés par la BCGE. Si elle ne peut pas se le permettre, l'Etat avancera la somme que la banque devra ensuite rembourser.