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Rembourser trop rapidement les coûts du sauvetage de la BCGE nuirait à la reconstruction de la banque, estime Blaise Goetschin, le directeur général de la Banque Cantonale de Genève.
© SALVATORE DI NOLFI/KEYSTONE

Banque

La BCGE défend sa contribution à l’économie genevoise

La banque cantonale du bout du lac refuse de rembourser les 3,2 milliards qui l’ont sauvée de la faillite en 2000, comme le veut une initiative de l'extrême gauche. La BCGE présente des arguments mais veut éviter une guerre des chiffres

La Banque Cantonale de Genève (BCGE) doit-elle rembourser 3,2 milliards? C’est ce que prévoit une initiative lancée par Ensemble à gauche le 19 février. L’extrême gauche genevoise veut que la banque restitue les fonds injectés par l’État pour lui éviter la faillite au début des années 2000, à la suite de la crise immobilière des années 1990. La banque réfute l’idée d’un paiement unique ou de versements répartis sur 30 ans, car elle rembourse la facture de son sauvetage en soutenant l’économie du canton et en payant impôts et dividendes, estime-t-elle en substance. Refusant de trop s’immiscer dans le débat politique en période de campagne électorale, elle a néanmoins défendu mardi sa contribution à l’économie genevoise.

Payer 3,2 milliards? Ce serait «impraticable et préjudiciable», répond Blaise Goetschin lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de l’initiative d’Ensemble à gauche. Impraticable car la somme correspond à plus du double des fonds propres de la banque, «une PME de 800 employés», a résumé mardi le patron de la BCGE, lors de la présentation des résultats 2017. Et préjudiciable, car le développement de l’établissement et son bénéfice seraient pénalisés, ce qui limiterait les dividendes distribués à ses actionnaires, dont le canton, la ville et les communes genevoises (qui détiennent 72,6% des actions). Ces arguments avaient été exposés dans une prise de position de la banque du 20 février.

Quarante ans de bénéfice

Et si ce remboursement est étalé sur une période de 30 ans, comme le prévoit l’initiative? La solution ne lui paraît pas envisageable «pour de nombreuses raisons» sur lesquelles le directeur général ne compte pas s’épancher. Le Temps a donc sorti sa calculatrice. Sur le bénéfice net de 81,6 millions réalisé l’an dernier (+3,3% sur un an), des dividendes de 15,5 millions de francs ont été payés aux collectivités publiques genevoises. A ce rythme, il faudrait donc 206 ans pour rembourser les 3,2 milliards. Et si la banque utilisait l’intégralité de son bénéfice? Près de 40 ans.

Lire aussi: La BCGE, figure d’exemple face à la mixité

Plutôt que de remboursement, la banque a parlé mardi de contribution à l’économie du canton. Sur les dix dernières années, elle affirme avoir payé 385 millions aux collectivités publiques genevoises, sous forme d’impôts et de dividendes notamment. Cette somme inclut aussi les 60,8 millions que la banque a payés depuis 2000 pour rembourser les 370 millions de frais de fonctionnement de la défunte Fondation de valorisation, qui avait été chargée de liquider les actifs immobiliers douteux de la BCGE.

Risque sur la licence bancaire

Ce paiement s’est fait à hauteur de 20% des dividendes annuels de la banque, comme le prévoient ses statuts votés en 2005. Ce qui permet à Blaise Goetschin d’affirmer: «Nous avons pleinement respecté nos engagements.» Ensemble à gauche calcule que la banque avait remboursé fin 2016 25 millions pour les frais de la Fondation de valorisation (qui elle-même avait dégagé une perte de 2 milliards de francs). Une accélération du rythme de remboursement nuirait à la reconstruction de la banque, a ajouté Blaise Goetschin.

Lire aussi: Deux oublis à l’origine de l’enquête de la bourse suisse contre la BCGE

Les finances publiques ont également été gagnantes grâce à l’appréciation du cours de l’action BCGE depuis 2000, a-t-il poursuivi. Entre 2015 et 2017, cette progression a généré une plus-value et des dividendes de 219 millions de francs pour l’Etat et les communes genevoises, affirme la banque. Le calcul est flatteur pour la BCGE, car le titre a progressé de plus de 50% sur cette période, passant de 107 à 164 francs environ. Il approchait 140 francs en janvier 2000. La banque n’a pas souhaité fournir de chiffres sur sa contribution globale aux finances publiques et à l’économie du canton depuis 2000 «pour ne pas entrer dans une bataille de chiffres». Selon son directeur financier, Eric Bourgeaux, une acceptation de l’initiative remettrait en question la licence bancaire de la BCGE, car l’établissement, fragilisé, ne remplirait plus les exigences de la Finma.

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