Pour une banque au total de bilan de 20 milliards de francs comme la Banque Cantonale de Genève (BCGe), la fonction de responsable de la gestion des risques et de la logistique est essentielle. Dès la fin du mois de janvier prochain, à moins qu'elle ne l'ait remplacé d'ici là, la BCGe n'aura plus personne à ce poste. Son titulaire, le directeur général René Curti, a en effet fait usage de la possibilité de prendre une retraite anticipée. Agé de 58 ans, l'intéressé a confirmé au Temps qu'il souhaitait bénéficier des conditions de préretraite mises en place par la banque dans le cadre de sa restructuration actuelle.

Ce départ, qui coïncidera presque avec celui du président de la direction générale Marc Fues, dont la conseillère d'Etat Micheline Calmy-Rey vient publiquement de souhaiter qu'il soit plus rapide que prévu, pose cependant la question de la vacance de leadership à la BCGe. Et celle de ses conséquences.

A la tête d'une division créée récemment, René Curti a une fonction clé. Il doit non seulement contrôler les risques des dossiers immobiliers et commerciaux mais aussi suivre ceux qui sont liés à la structure du bilan et à l'évolution des taux d'intérêt. Quant à la fonction liée à la logistique, elle concerne bien sûr l'informatique. René Curti contrôle donc des domaines essentiels dans le contexte des problèmes actuels de la BCGE, qu'il s'agisse, par exemple, de déterminer la qualité des dossiers qui doivent passer dans la fondation de revalorisation, de gérer l'équilibre d'un bilan où l'endettement à court terme auprès d'autres banques devient très préoccupant ou encore de décider si l'informatique de l'établissement genevois doit être ou non totalement intégrée dans la structure Unicible commune aux banques cantonales romandes.

Dans d'autres banques cantonales, la fonction de René Curti est aussi exercée par le président de la direction générale. Avant de partir, c'est donc au successeur de Marc Fues, le président de la direction générale en partance, qu'il transmettra le flambeau des risques et de la logistique dans le meilleur état possible. «Parce que cet outil sera maintenu, voire consolidé et renforcé, dans la mesure où il permettra au conseil d'administration et à la direction générale de conduire la banque», explique l'intéressé.

«Anne, ma sœur Anne…»

Pourtant, à quatre mois de ce passage de témoin, il y a un hic. En l'occurrence et selon nos informations, aucun dossier pour cette présidence de la direction générale n'a encore été vraiment retenu. Ni à l'interne, où il ne resterait en fait que deux candidats potentiels, les directeurs généraux Pierre Iseli et Lionel Dornier, ni à l'externe. Comme le dit joliment, mais sous le couvert de l'anonymat, un cadre de l'établissement, un spécialiste de la recherche du profil idéal est au travail mais, pour l'instant, c'est plutôt «Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir?»…

Il reste qu'entre le départ annoncé de Marc Fues, celui de René Curti, dont on peut imaginer qu'il soit aussi dû à des problèmes de relation avec le nouveau conseil d'administration de la banque, et les difficultés pour trouver un successeur à la tête de l'établissement, la BCGe va avoir à très court terme un réel problème de leadership. Or, une vacance à de tels postes de responsabilités ne peut être qu'un mauvais signal supplémentaire à l'attention des milieux financiers. Aujourd'hui, sa direction générale présente des résultats semestriels très attendus. D'autant plus attendus par ces milieux que la BCGe, plus que d'autres établissements de ce genre, souffre d'une érosion de l'épargne qui la contraint à faire massivement appel aux marchés financiers pour contrôler l'équilibre de son bilan. S'ils sentent qu'il y a du vide à la direction générale, ils renchériront encore plus leurs conditions.