Au 30 juin 2000, on peut presque résumer la situation de la Banque Cantonale de Genève (BCGE) en deux chiffres. D'un côté, sa marge nette d'intérêt a reculé à 0,94%. Ce taux représente ce que la banque gagne avec ses affaires portant intérêts (les crédits). De l'autre, elle supporte un taux passif moyen légèrement inférieur à 3%. Ce taux est celui auquel la BCGE doit payer les fonds que lui prêtent ses créanciers, que ce soient les épargnants ou les institutions auxquelles la banque emprunte de quoi refinancer les crédits qu'elle accorde. Mardi, lors d'un point de presse consacré aux résultats semestriels de l'établissement, le président de son conseil d'administration, Jacques Perrot, n'a pas caché que «la marge d'intérêt très réduite ne permet pas d'assurer toutes les charges sans avoir d'autres revenus». Ceux-ci proviennent essentiellement des opérations de commissions réalisées dans la gestion de fortune et les affaires de négoce international. Mais, pour faire face à son problème aigu de refinancement, la BCGE, dont le bénéfice brut de la maison mère a reculé de 18% à 42 millions à fin juin pour un résultat net juste équilibré, doit rapidement redimensionner son bilan. Or, à fin juin, il a encore augmenté de 4,2% à 20,4 milliards, alors que les spécialistes estiment qu'il devrait, après les problèmes de ce printemps, avoir été ramené entre 13 et 15 milliards de francs.

Pourquoi le total du bilan de la BCGE a-t-il augmenté? Ce ne sont pas les crédits à la clientèle, qu'ils soient commerciaux ou hypothécaires, qui expliquent le mouvement. Sur six mois, la banque n'a en fait accordé que 370 millions de nouveaux crédits. Cette augmentation très modérée s'explique par un changement dans la ligne de l'établissement: «La mode est plutôt à la croissance zéro, du moins aux dossiers très qualitatifs et permettant une bonne marge», explique un cadre de la BCGE. Par contre, ses responsables ont voulu garder un bilan très liquide (le poste créances sur les banques augmente de 49,6% à 1,4 milliard) parce qu'il est alourdi, à l'actif, par les 5 milliards de crédits qui devraient être repris par la Fondation de valorisation mais dont l'équivalent ne se retrouve pas encore explicitement au passif de la banque, où ils sont noyés dans ses différents postes sans qu'on puisse vraiment savoir où.

Hausse des provisions

Or, du côté du passif, le drain sur l'épargne (–4,7%) a dû être compensé par une hausse des engagements envers les banques (+38% à 2,78 milliards). Ce poste a aussi dû augmenter pour faire face au besoin de la BCGE de refinancer son prêt à la Fondation de valorisation des actifs immobiliers de 5 milliards. Mais le coût de ce refinancement auprès des banques a été péjoré par les événements qu'a vécus la BCGE au printemps. Marc Fues confirme ainsi que le différentiel de taux appliqué par ses bailleurs de fonds est de plusieurs dizaines de points de base par rapport au taux Libor et par rapport aux conditions du marché. Concrètement, cela s'est traduit par des charges d'intérêts passifs en hausse de 28 millions au premier semestre alors que les produits d'intérêts actifs n'augmentaient que de 20 millions.

Toujours au passif de la BCGE, il a fallu aussi alimenter, jusqu'à concurrence de 1,4 milliard (+639 millions, soit une hausse de 83%), le poste des provisions et correctifs de valeur pour répondre aux exigences de la Commission fédérale des banques et du réviseur externe en matière de couverture des risques. Cette hausse des provisions, couverte à concurrence de 500 millions par la réserve légale générale, a été alimentée pour le solde de deux façons différentes. D'une part, par la vente de 109 560 titres de la banque (environ 23 millions) et, d'autre part, par l'utilisation de la totalité d'une première tranche du bénéfice extraordinaire réalisé sur la cession de la banque de gestion privée Compagnie Bancaire Genève (CBG), à Genève et Lugano, soit environ 110 millions.

Or, cette banque de gestion détenait 10 des 20 milliards d'actifs sous gestion de la banque cantonale. Du coup, les excellentes affaires réalisées par la CBG au premier semestre n'ont pas pu être imputées au résultat semestriel de la BCGE. Dont le solde des actifs du pôle de gestion de fortune, soit 10 autres milliards, sera progressivement regroupé sous la houlette d'Anker Bank pour essayer d'en améliorer la rentabilité. Et ainsi contribuer à terme, comme l'espèrent les responsables de la BCGE, à améliorer la structure de ses revenus.