La hausse du prix du pétrole ne fait pas que des malheureux. Et ce n'est pas de Total ou de Tamoil dont il est question, mais bien de la Banque Cantonale de Genève (BCGE). Cette dernière a pu s'appuyer sur le baril de brut pour dégager des profits en 2004. Les commissions encaissées dans le financement du négoce international ont grimpé de 6,6 millions de francs. Plus largement, cette activité regroupe le commerce des matières premières (acier, agroalimentaire, etc.) en plein boom l'an dernier.

Ce poste explique la bonne tenue des commissions de crédit, qui passent de 23 millions à 31 millions d'une année sur l'autre. Un soutien pour l'établissement. Son bénéfice net a quadruplé à 31,8 millions. La vente de l'immeuble de la Corraterie a aussi été favorable. Cette cession a rapporté 10,2 millions de francs. La BCGE va verser un dividende symbolique d'un franc par action, le premier depuis 1999.

Notation en hausse

Cette progression des profits ne doit pas cacher un autre phénomène. La voilure de la BCGE continue à se réduire. Pour preuve, son bilan recule de 4,6% à 13,9 milliards. Par comparaison, le bilan de la Banque cantonale de Zurich est passé de 76,7 milliards à 80,3 milliards durant la même période. Le bénéfice net du cousin zurichois a avancé de 95 millions pour s'établir à 695 millions.

Dans le détail, les crédits octroyés à la clientèle de la BCGE sont passés de 2,6 à 2,4 milliards entre 2003 et 2004, déduction faite du poids de la Fondation de valorisation. «Au mois de décembre, les entreprises ont moins utilisé les lignes de crédit disponibles», indique la BCGE. Des rentrées exceptionnelles de liquidités en fin d'année pourraient l'expliquer.» La mollesse de la conjoncture représente certainement une seconde explication. Elle pousse les firmes locales à beaucoup de prudence.

Les prêts hypothécaires se sont également légèrement contractés. Ils reculent de 0,6% à 5,984 milliards.

Du côté des activités de gestion, les actifs gérés et administrés ont progressé de 4,2%. L'établissement ne communique pas la part représentée par les apports nets, c'est-à-dire corrigée de l'effet des marchés. «Les revenus ne semblent pas suivre l'augmentation de la masse sous gestion, indique un financier genevois. Le portefeuille de clients pourrait être géré de manière plus dynamique.»

La maîtrise des charges constitue une réelle satisfaction. Elles se sont réduites de 0,5% à 198,6 millions de francs. Mesure de l'efficacité, le ratio entre les coûts et les bénéfices s'est amélioré, passant de 72 à 71,5%. La moyenne des banques suisses se trouve un peu en dessous de 60%, selon une étude de la revue spécialisée The Banker. «Corrigé du financement très avantageux octroyé à la Fondation de valorisation, ce taux reculerait davantage», souligne Blaise Goetschin, directeur général de la BCGE. Cela a trait à la créance de 3 milliards héritée du krach immobilier du début des années 90. Son coût de portage est estimé à 25 millions pour l'exercice écoulé.

La BCGE se redresse ainsi doucement. Ses fonds propres se montent à 650 millions de francs. L'agence Standard & Poor's lui a attribué fin 2004 la note A-/A-2/stable. «Cela a été une véritable satisfaction», termine le patron.