La Tribune de Genève et L'Illustré, par l'intermédiaire de son éditeur Ringier Romandie, ainsi qu'un journaliste de chaque titre, viennent de recevoir notification de leur prochaine assignation devant le Tribunal de grande instance de Lyon par la Banque Cantonale de Genève (France) SA. La filiale lyonnaise de l'établissement genevois réclame aux deux journaux romands et à leurs deux collaborateurs des dommages-intérêts pour un montant total de 4 millions de francs français (environ 1 million de francs suisses), plus une somme de cent mille francs au titre du Code civil.

Par la voix de sa porte-parole Corinne Mory, la Banque Cantonale de Genève (BCGe) a confirmé mercredi soir le dépôt prochain de cette plainte. «Nous avions dit en décembre, lors de notre dernier point de presse, que nous allions prendre les mesures adéquates dans cette affaire.» La saisie de la justice française concerne deux articles, le premier dans la Tribune de Genève du 20 novembre, le second dans L'Illustré du 15 décembre, rapportant les accusations de l'ancien directeur général de la filiale française de la BCGe. Ces accusations ont alimenté le travail d'une commission parlementaire française chargée de faire reculer «les obstacles au contrôle et à la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe». L'ex-directeur général de la BCGe (France) SA mettait en cause son ancien employeur dans des affaires d'évasion fiscale et de recyclage d'argent, ce que contestait formellement la banque. En substance, l'établissement estime que le traitement de cette affaire par les deux publications lui porte préjudice à l'interne et à l'externe. La BCGe s'appuie notamment sur la chute de son titre en Bourse le mois dernier – depuis, il a regagné tout le terrain perdu.

Si la direction de L'Illustré se contente de confirmer la plainte et les montants en cause, le rédacteur en chef de la Tribune de Genève, Marco Cattaneo, livre son commentaire: «Je me dois de conserver un devoir de réserve, mais je m'étonne qu'une banque cantonale genevoise attaque un média genevois devant une instance judiciaire française, après avoir refusé de s'expliquer avant et juste après l'article incriminé. Sur le fond, nous maintenons notre version.» En fin d'année, la BCGe a également supprimé une campagne de pub dans le quotidien genevois, sans fournir de motif particulier à cette décision.