«Notre «nouvelle» banque cantonale fait face et remplit la mission que lui a confiée le Conseil d'Etat…» En ouvrant vendredi la conférence de presse annuelle sur les résultats de la Banque Cantonale de Genève (BCGE), le président de son conseil d'administration Jacques Perrot a d'emblée situé le but que s'est donné la nouvelle direction générale de l'établissement bancaire menée par Blaise Goetschin. Ses efforts, entamés en octobre dernier, se poursuivront au niveau qualitatif, celui de la réorganisation, tout au long de l'année 2001. Mais, au prix de quelques aménagements comptables, d'un suivi rigoureux des charges, d'une nouvelle politique en matière de crédits, d'une plus grande agressivité commerciale dans les affaires de négoce et la gestion de patrimoines et, bien sûr grâce à l'artifice de la Fondation de valorisation des actifs de la BCGE, ils commencent à payer au niveau quantitatif. C'est ce qui permet d'ailleurs à Blaise Goetschin d'affirmer, qu'en dehors des éléments extraordinaires nets qui ont grevé les comptes à hauteur de 140 millions, la perte nette réelle de la BCGE est «maîtrisée» à hauteur de 8,7 millions.

l Les aménagements comptables. A l'actif de la BCGE, le portefeuille total des crédits (voir tableau ci-joint) se monte à 14,9 milliards (16,2 milliards à fin 1999) sur un bilan de 18,3 milliards. La baisse a deux origines. D'une part, la réduction de 347 millions (2%) de l'encours du fait d'une politique plus sélective des crédits; d'autre part, une imputation comptable directe à l'actif des provisions à hauteur de 1,04 milliard. Au passif, les provisions ne sont plus que de 5,1 millions pour faire face au risque fiscal. Par ailleurs, 508 millions de provisions déjà constituées ont été utilisées pour faire face aux pertes sur crédits et 274 millions de nouvelles provisions ont été constituées dont 226 millions pour faire face à de nouveaux risques sur d'anciennes affaires.

l Les éléments extraordinaires. Certes, la marge actuelle d'intérêt de 0,86% qui permet des revenus nets d'intérêts de 153,2 millions (–22,7%) est insuffisante pour faire face efficacement aux charges et aux besoins opérationnels de la banque. Les revenus en affaires de commission et de négoce ont suffisamment augmenté (+23% à 67,4 millions) pour mettre du beurre dans les épinards et, face à des charges stables (–2,9% à 167,5 millions), permettre de dégager un cash-flow en ligne avec les prévisions de 73,2 millions. Mais la BCGE a dû aussi faire face à des coûts extraordinaires de 269 millions (dont 226 du fait d'une nouvelle appréciation des anciens risques) qui n'ont pas été compensés par les gains sur désinvestissements (par la vente de la CBG, notamment) de 129 millions. Du coup, la perte nette sur 2000 est de 149,4 millions et le taux de couverture des fonds propres de 106,5% ne permet pas de verser un dividende.

l Nouvelle politique de crédits. Les responsables de la BCGE seront plus sélectifs en matière de nouveaux et d'anciens crédits. «Le risque s'est déjà nettement amélioré», constate Blaise Goetschin. Ses collègues Eric Bourgeaux et Pierre Jotterand notent que le nouveau bilan est très sain parce que la moitié des crédits (la Fondation de revalorisation et les prêts aux collectivités publiques) représentent un risque d'Etat par définition solvable. Par ailleurs, le portefeuille devrait baisser encore de 400 millions de francs cette année et, en raison de la baisse prévue des risques transférés à la Fondation de valorisation, il est prévu que la marge d'intérêt s'améliore à 1% cette année. Quant au cash-flow, il devrait s'améliorer mécaniquement à 100 millions cette année. Du fait de la diminution de l'encours crédit, le taux de couverture en fonds propres devrait aussi remonter à 112,5% à fin 2001.

l L'avenir. Blaise Goetschin le situe nettement dans le conseil. A la clientèle de gestion de fortune, qui n'a retiré «que» 413 millions sur les 5 milliards de fonds en dépôt à la banque. A la clientèle commerciale dont les conditions seront individualisées. A la clientèle de détail mise aux petits oignons pour récupérer son épargne et ainsi mieux refinancer la banque. Malgré le meilleur taux de couverture des fonds propres, les actionnaires ne devraient cependant pas avoir de dividende pour 2001 car un retour à une rentabilité réelle de la BCGE n'est pas anticipé avant 2003.