Avec plus de 20 000 entreprises clientes, la Banque cantonale de Genève semble bien placée pour donner le pouls de l’économie du canton, à travers ses résultats semestriels dévoilés mardi. Malgré le choc conjoncturel de grande ampleur, la banque n’a pas constaté de vague de faillites parmi les PME genevoises. La BCGE a cependant constitué des provisions d’une quinzaine de millions de francs en prévision d’éventuels dégâts à venir. Une partie importante de ces provisions concerne son activité de financement des matières premières.

Quel a été le coût de la crise du Covid-19 pour la BCGE au premier semestre? Tout dépend de l’indicateur que l’on retient. Son chiffre d’affaires a reculé de 37 millions (-17%), à 183,1 millions de francs, mais la majeure partie de cette baisse (27 millions) est à mettre sur le compte d’éléments ponctuels, a souligné le directeur général Blaise Goetschin lors de la présentation des chiffres. En particulier, la banque a encaissé un dividende bien moindre de la part de l’opérateur de la bourse suisse SIX Group par rapport au versement exceptionnel de l’an dernier (1,2 million contre 6,7 millions). Des correctifs de valeur sur des actifs financiers propres ont également eu un impact négatif de 10 millions.

Bénéfice opérationnel en baisse de 46%

Dans le détail, la banque a encaissé un peu moins de commissions (-4,6% à 59,1 millions), car la baisse du prix des matières premières a pesé sur le volume du commerce international. Principale source de revenu, les opérations d’intérêts ont reculé de 6,5% à 111,5 millions, pénalisées par des réserves supplémentaires de 3,15 millions.

Les coûts ayant été stables au premier semestre, le résultat opérationnel de la BCGE a chuté de 46% au premier semestre, à 50,6 millions de francs. A 55,3 millions, le bénéfice net ne fléchit que de 6,6%, car la banque a puisé 15 millions dans ses réserves au cours du premier semestre. Elle s’attend à distribuer un dividende au titre de 2020, sans donner de précision, faute de visibilité.

Alors que le Covid-19 a malmené l’économie mondiale depuis début 2020, la BCGE n’a constaté que «très peu de faillites avérées parmi sa clientèle», a précisé le directeur général. La banque a distribué pour plus de 200 millions de francs de «crédits Covid», mais en dehors de ce soutien mis en place par la Confédération, «les PME ont peu sollicité de nouveaux crédits et leur liquidité est restée stable», souligne encore le patron, qui estime que «les entreprises devront tenir jusqu’à la fin de l’année».

Plus optimiste, mais parée pour des soubresauts

La BCGE est en effet plus optimiste que d’autres instituts quant à la suite des événements. Elle prévoit une baisse du PIB suisse de 3% cette année (le Seco s’attend à 7,5%), puis un rebond de 4,2% en 2021, car les fondamentaux restent solides (taux d’intérêt bas, crédit disponible, redémarrage chinois), la société a appris à gérer les effets de la pandémie et un vaccin pourrait être disponible d’ici là.

Tenir jusqu’à l’année prochaine, donc, mais d’ici là la BCGE s’attend à quelques soubresauts, en particulier pour sa clientèle d’entreprises, même si «le mois de juillet et le début août ont donné des signes d’amélioration». La banque a ainsi mis de côté une quinzaine de millions en prévision d’éventuels défauts sur des prêts qu’elle a accordés. La majorité de ces provisions concernent des acteurs du commerce des matières premières, précise au Temps le directeur financier Eric Bourgeaux. Il assure néanmoins que la banque n’a pas été touchée par les récentes faillites et scandales d’ampleur qui se sont produits à Singapour ou à Dubaï. La BCGE a préféré prendre ses précautions vis-à-vis de plus petits acteurs du secteur, précise Eric Bourgeaux.

Ces 15 millions constituent peut-être le vrai coût de la pandémie pour la BCGE au premier semestre. «Rien de catastrophique, en comparaison de notre portefeuille de crédit de 17,2 milliards de francs, plutôt un retour à la normale après plusieurs années sans dégâts», pour Blaise Goetschin. Qui n’exclut pas davantage de provisions au deuxième semestre si la situation économique devait se dégrader.