Une banque indépendante, sur laquelle «l'influence de l'actionnaire principal demeure très limitée», dont la mission publique de contribution au développement économique de la région est affirmée mais dont la qualité des actifs est obérée par 8 à 9% de crédits non performants. En résumé, ce sont les principaux arguments qui ont motivé l'agence de notation Standard & Poor's à donner à la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) une note «A –». Celle-ci reflète «la stabilité de la performance financière de la BCV».

Le président de sa direction générale, Gilbert Duchoud, en est très satisfait. «Cette note reflète notre taille et notre part du marché vaudois, mais elle représente surtout notre capacité à rembourser les débiteurs et ne manquera pas d'attirer l'attention des investisseurs institutionnels étrangers», constatait-il mardi à Lausanne, en marge de la présentation des résultats annuels. Or, la capacité d'emprunt à l'étranger du groupe BCV va devenir très importante ces prochaines années. Dans la structure de son bilan, il faudra en effet toujours plus équilibrer la part de marché du groupe BCV dans le canton par son épargne traditionnelle et refinancer les autres activités, hors de Vaud et à l'étranger, par un appel aux marchés internationaux.

Résultats positifs

Les résultats du groupe BCV – présentés pour la dernière fois par le président sortant de sa direction générale – sont bons. La hausse du bilan de 8,5% à 37,9 milliards s'explique surtout par celle des positions interbancaires, celle du portefeuille de titres sous-jacents à l'activité en produits financiers structurés et par celle des emprunts. Le cash-flow a progressé de 12% à 474 millions. Toutes les activités, sauf celle du négoce soumise aux fluctuations des marchés, ont contribué à cette augmentation. La marge d'intérêt s'est notamment légèrement améliorée à 1,09%. C'est encore officiellement très en deçà de l'objectif de 1,25%, visé d'ici à deux ans. Mais en tenant compte de 83 millions d'intérêts réservés, ce but est déjà atteint. Reste que le bénéfice brut a permis de doter largement un poste de provisions et correctifs de valeurs (220 millions cette année) bien entamé par les 365 millions utilisés pour faire face aux pertes sur les crédits non performants. Avec le résultat net de 166 millions (+9%), on alimente la réserve pour risques généraux et le dividende reste inchangé à 14%.

L'année en cours sera moins soutenue. Gilbert Duchoud pense que les bénéfices brut et net n'augmenteront que de 5 à 10%, selon le comportement des marchés. L'exercice sera en fait dominé par quelques chantiers structurels. Le plus important d'entre eux était mardi dans les esprits de tous les directeurs généraux, et surtout dans celui de Gilbert Duchoud, alors que le parlement discutait et adoptait au même moment le projet de loi sur la banque cantonale (lire en page 19). La menace d'un référendum des socialistes n'est en effet pas prise à la légère par les responsables de la BCV. S'il est lancé, cela donnera aux marchés le signe que la «politique veut prendre le contrôle de la banque», souligne l'un d'eux. Le titre, qui se négocie vers 560 francs mais dont la valeur intrinsèque est supérieure à 1200 francs, en prendrait un sérieux coup. Si ce référendum aboutit, l'assemblée des actionnaires de juin ne pourra pas adopter les nouveaux statuts de la banque. Selon le résultat du vote populaire, il faudrait reconvoquer une assemblée extraordinaire à une date ultérieure. En attendant, selon Gilbert Duchoud, la loi actuelle permettrait à l'Etat de céder la totalité et non pas 18% du capital…

Sans l'hypothèque d'un référendum, les responsables de la BCV pourront s'atteler à un autre chantier: la recherche d'un ou de plusieurs partenaires potentiels. Ces derniers devraient garantir l'indépendance de la BCV, accepter sa mission et, surtout, lui apporter un cash-flow conséquent dans le cadre des synergies d'activité. Reste à savoir si l'actionnaire étatique sera pressé de trouver le ou les partenaires et s'il acceptera de travailler en toute transparence avec la banque.