La nouvelle direction de la Banque Cantonale Vaudoise a accompli, avec succès, la première partie de sa mission. Deux ans après la recapitalisation de l'établissement, alors étranglé par ses crédits à risques, celui-ci a dégagé en 2004 un bénéfice net de 337 millions de francs (+114%), certes influencé par des dissolutions de provisions exceptionnelles, mais qui n'en est pas moins le plus élevé de son histoire. La BCV affiche dorénavant un taux de fonds propres de 185% (contre 160% en moyenne pour les banques cantonales), qualifié de «confortable» par ses dirigeants.

Les revenus ont augmenté de 5% hors désengagements et atteignent 944 millions de francs. «Des innovations comme les produits structurés Protec + ou l'hypothèque/assurance vie Securimmo nous ont permis de rester très présents sur des marchés disputés», relève Alexandre Zeller, directeur général. Dans le domaine des hypothèques, l'épuration du portefeuille a été presque entièrement compensée par plus de 300 millions de nouvelles affaires, la BCV – 40% de part de marché cantonale – y croissant néanmoins «un peu moins vite que la concurrence», selon Pascal Kiener, directeur financier.

Les actifs sous gestion passent de 60,2 à 64,1 milliards de francs, dont un milliard supplémentaire pour la filiale banque Piguet, qui continue à bien performer.

La banque vaudoise enregistre un bon point pour la maîtrise des charges. Le personnel a été légèrement réduit, autour de 2420 collaborateurs, et le ratio coûts/revenus s'améliore de 71 à 67%, avec objectif de l'amener à 60-63% d'ici à trois ans. Parallèlement, la marge d'intérêt sur le bilan a progressé de 1,20% fin 2003 à 1,35% un an plus tard, avec un objectif à 1,50% dans trois ans. «C'est ambitieux», reconnaît Alexandre Zeller, qui ne cache pas sa volonté de «replacer la BCV dans le peloton de tête» dans ce laps de temps.

1,25 milliard à rembourser

Jusqu'ici, elle tient parfaitement sa feuille de route. Elle s'est recentrée sur ses métiers principaux en se désengageant des activités de trading et de financement naval – à des conditions très favorables en 2004. De même, un marché immobilier porteur lui a permis de poursuivre la réduction de ses crédits compromis, dont les deux tiers concernent ce secteur. Au 31 décembre, ceux-ci s'élevaient à 2,7 milliards de francs, contre 3,7 milliards un an auparavant. «Ils ne touchent que 2 à 3% de la clientèle, précise Pascal Kiener, mais représentent encore 10% de tous les crédits.» Une proportion que les dirigeants de la BCV veulent ramener à 3-4% ces prochaines années.

Même très émoussée par rapport à ce qu'elle était il y a deux ans, cette épée de Damoclès reste suspendue au-dessus du bilan et explique la prudence de la direction. Sitôt après avoir enregistré des produits extraordinaires de 170 millions par dissolution de provisions devenues superflues, elle en a réaffecté 81 millions à la réserve pour risques bancaires généraux. «Celle-ci atteignait 11% des fonds propres comptables en 2004, contre 33% pour la moyenne des banques cantonales», ajoute Pascal Kiener.

Cela étant, la grande question du jour tournait évidemment autour du rythme du remboursement des bons de participation (1,25 milliard) acquis pas le canton et dont le Grand Conseil vient d'accepter le mécanisme (lire ci-dessous). Le directeur financier de la BCV n'a voulu s'engager ni sur un volume, ni sur un délai, jugeant néanmoins «réaliste» une fenêtre de remboursement située entre cinq et dix ans.

En attendant, l'Etat de Vaud, principal actionnaire de la banque, reçoit 75,9 millions de francs qui se décomposent en dividende prioritaire sur les bons, en dividende ordinaire (porté de 2 à 3 francs par action), et en impôts.