Les taux d’intérêt bas ou négatifs coûtent 30 à 40 millions de francs en manque à gagner par an pour la Banque cantonale vaudoise (BCV). L’établissement, qui a présenté jeudi un résultat opérationnel stable, à 198 millions de francs au premier semestre, ne répercute que partiellement ces intérêts négatifs à ses clients. Et elle ne compte pas changer de politique.

«Je n’espère pas et je ne crois pas que nous devrons facturer les taux d’intérêt négatifs de la Banque nationale aux individus et aux petites entreprises qui détiennent un compte chez nous, assure le directeur général de la BCV, Pascal Kiener. L’euro s’est stabilisé autour de 1,08-1,10 franc et le Brexit semble avoir été digéré, nous nous attendons donc à une stabilisation de la situation», et pas à une nouvelle baisse des taux d’intérêt.

La BCV répercute partiellement les taux négatifs à ses plus importants clients – institutionnels et grandes entreprises, selon la relation globale et l’historique de leurs liens avec la banque. Pas de seuil, donc, au-delà duquel ils devraient payer tout ou partie des 0,75% facturés par la BNS pour les liquidités que les banques suisses déposent chez elle.

La BCV dépose pourtant la quasi-intégralité de ses 7,2 milliards de francs de liquidités auprès de l’institut d’émission. Le montant des intérêts payés par la BCV à la Banque nationale suisse n’a pas été dévoilé.

Bénéfice net de 157 millions

Interrogé sur le coût total des taux négatifs, Pascal Kiener cite des impacts dans plusieurs activités de la banque, dont le recul de 5 millions du résultat net d’intérêts, à 242 millions, au premier semestre. De manière plus générale, le contexte des taux bas provoque un manque à gagner annuel de 30 à 40 millions pour la BCV, selon le directeur général.

Dans ces conditions, le faible recul du bénéfice opérationnel (-2% à 198 millions) a été qualifié de «bon résultat». La baisse des revenus de 6%, à 494 millions, a été compensée par des charges d’exploitation stables, à 258 millions, et une chute des provisions (-97% à 1 million).

A 157 millions, le bénéfice net est similaire à son niveau des années 2013 et 2014. Il a reculé de 13% par rapport au premier semestre 2015, marqué par des revenus extraordinaires de 27 millions liés à la vente de la participation de la BCV dans Swisscanto, l’ancienne structure des banques cantonales pour les fonds de placement. Le dividende atteint 33 francs par action.

Au premier semestre, les hypothèques ont progressé de 1% par rapport à fin 2015, à 24,7 milliards de francs, reflétant la volonté de prudence de la BCV, qui a décidé en 2011 de limiter la croissance de ce type de financement à 4% par an.

La rentabilité des hypothèques de la BCV est inférieure à la moyenne de 1,77% présentée par la BNS dans son rapport annuel sur les banques suisses, «mais supérieure à la marge d’intérêts de 1,11%» dégagée sur le semestre écoulé, assure le patron de la banque.

Encore un an pour assainir les actifs offshore

Enfin, la masse sous gestion a reculé de 1% à 87,4 milliards de francs, répartis entre 81,9 milliards pour la BCV (stable sur le semestre) et 5,5 milliards pour sa filiale de gestion de fortune Piguet Galland (contre 6 milliards au 31 décembre 2015 et 6,5 milliards au 30 juin 2015). La clientèle domestique a déposé 401 millions de francs supplémentaires au cours du premier semestre, compensant les 399 millions retirés par les clients non-résidents.

Ces retraits des fonds offshore devraient encore durer une année, selon Pascal Kiener. Ils découlent de la politique de la banque d’exiger une attestation de conformité fiscale pour tous ses clients non-résidents. En trois ans, environ trois milliards de francs d’actifs appartenant à des clients étrangers ont ainsi quitté la BCV, provoquant un manque à gagner de l’ordre de 20 millions de francs.

Les fonds appartenant à des clients étrangers représentent actuellement 10% de la masse sous gestion de la BCV, contre une moyenne historique de 25%.