Jean-Daniel Papilloud est satisfait. Le président de la direction générale de la Banque Cantonale du Valais (BCVs) vient de boucler le premier semestre du nouveau millénaire avec un bilan stabilisé à 6,9 milliards de francs, qui a généré un bénéfice brut en hausse de 25,6% à 31,5 millions par rapport à juin 1999. Sur l'année, il anticipe un bénéfice brut entre 55 et 60 millions de francs (53 millions en 1999). Cela permettra à la BCVs de continuer à doter correctement ses provisions, la reprise économique en Valais n'étant pas encore aussi prononcée que dans d'autres régions, et surtout, comme il l'a confié au Temps, «de consolider l'assise des fonds propres de la banque».

La bonne santé actuelle de la BCVs s'explique de plusieurs façons. Sa marge d'intérêt de 1,3%, pour des revenus sur opérations d'intérêts en hausse de 8,79% à 47 millions, lui permet évidemment de mieux supporter le poids financier de ses emprunts. Par ailleurs, les revenus des 3,8 milliards de francs d'actifs en gestion de fortune de l'établissement – cette masse a quadruplé en trois ans – ont fait bondir le poste des opérations de commissions de 31,3% à 11 millions. Enfin, le portefeuille nostro de la banque a produit des revenus sur opérations de négoce en hausse de 125% à 11 millions aussi. Dans le même temps, les charges de personnel et d'exploitation ont été contenues (+4,4% à 36,3 millions).

La croissance du résultat brut de la banque est donc très qualitative. Elle confirme les orientations stratégiques prises il y a quelques années et que le professeur Hans Geiger, de l'Université de Zurich, a reprises dans une étude consacrée à la banque. Dans cette étude, dont Le Temps avait publié un extrait concernant l'état de la situation en juin dernier, cet universitaire suggère de développer le private banking, de pratiquer une politique différenciée des conditions de crédit pour économiser des fonds propres et ne pas affaiblir les capacités de refinancement de la banque, et de contrôler les coûts.

Pour Jean-Daniel Papilloud, c'est exactement la politique suivie par la banque depuis quelques années. Il n'en reste pas moins que, selon un document interne de l'Union des banques cantonales suisses, la BCVs est créditée d'une rentabilité opérationnelle de ses fonds propres avant imputation des résultats extraordinaires de 2,96% pour 1999 alors que la moyenne des banques cantonales est de 8,51%. «C'est vrai, nous avons la rentabilité d'une banque d'un canton périphérique, qui a été soumise à de fortes pressions», admet le directeur général. Mais il fait aussi remarquer que les produits extraordinaires, qui sont en fait souvent des intérêts payés avec retard par les débiteurs, représentent des montants appréciables (7 millions en 1999 et 5 millions à fin juin dernier) qui viendraient doper cette rentabilité s'ils étaient comptabilisés, comme dans d'autres banques cantonales, dans les revenus d'opérations d'intérêts. Et non, comme cela se fait en Valais, après qu'ils ont effectivement été payés.

Cela dit, le renforcement des fonds propres de la banque est effectivement d'actualité. Le bénéfice brut annuel y sera largement consacré. Ils sont actuellement de 457 millions (404 millions au début de l'année), assurent un taux de couverture suffisant au regard des normes de l'autorité de surveillance mais intègrent les 50 millions que l'Etat a versés en juin dernier au titre d'un emprunt convertible. Pourtant, leur souplesse d'utilisation peut laisser à désirer surtout si la BCVs en a besoin rapidement pour soutenir une économie cantonale dont ses responsables sentent le redémarrage. Car, la banque a encore dans son bilan pour 150 millions d'immeubles à vendre qui en immobilisent 50 en fonds propres. Dans ce contexte technique, on comprend que son objectif principal soit, cette année, d'assouplir sa marge de manœuvre en mettant ses profits opérationnels dans la réserve de ses fonds propres.