CONFERENCE

Beat Kappeler: «Désobéissez, obligez le pouvoir à bouger!»

L'éditorialiste attaque l'équilibre paralysant du système politique suisse

Quand le ministre des Transports – et alors président de la Confédération – Moritz Leuenberger a signé un délicat accord aérien avec l'Allemagne, le parlement s'est empressé de le désavouer. «Un pays où le gouvernement n'engage jamais le parlement et, inversement, ne réalise pas un programme voulu par le parlement – une telle construction politique ne peut pas exercer sa voix en Europe», déplore Beat Kappeler.

Invité du Business Club organisé par Le Temps, Swisscom et la Banque Sarasin à Genève, l'éditorialiste et essayiste en est arrivé à lancer, mercredi, un appel à la désobéissance. «Seule cette forme d'anarchie, cette pression constante des forces vives du pays, amènera les politiciens à saisir l'ampleur du besoin de changement», ajoute-t-il.

Mais l'adhésion à l'Union européenne est-elle en soi un projet encore attrayant pour la Suisse? Kappeler en doute. A l'intérieur même de l'UE, les domaines susceptibles d'«européisation» s'épuisent une fois le marché intérieur établi. Construction normative, l'UE tend en outre à étouffer un des atouts qui a favorisé la croissance du continent au fil des siècles: la concurrence entre gouvernements. «Elle est devenue un cartel de politiciens nationaux», lance-t-il. D'ailleurs le zèle réglementaire de l'Union est «contournable» grâce aux règles qui s'élaborent dans d'autres cénacles plus larges et légitimes, comme l'Organisation mondiale du commerce.

Jouer la sous-enchère

Se référant aux démêlés actuels de la Suisse avec ses voisins (restrictions de démarchage bancaire en Allemagne, contrôles douaniers accrus, taxes sur les réexportations), Beat Kappeler suggère de saisir l'OMC en cas de besoin, voire de jouer crânement la carte de la sous-enchère fiscale ou réglementaire pour renforcer sa position de négociation face à Bruxelles notamment. Sans trop d'illusion pourtant: «L'unité de doctrine fait défaut au sein des pouvoirs politiques.» Ce «caractère confus» de notre régime politique se révélera également désagréable en cas de non-adhésion à l'UE. La «nouvelle formule magique» issue des dernières élections fédérales? Beat Kappeler n'en voit guère la réelle nouveauté: bien au contraire, on voit émerger sur différents dossiers (dernier kilomètre des lignes téléphoniques, assurance maladie, services publics) une coalition de l'immobilisme rassemblant ces alliés improbables que sont les socialistes et l'UDC. Elle entraîne un risque de stagnation économique au moment où la Suisse pourrait et devrait jouer ses atouts particularistes.

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