Economie

Au beau milieu de la crise, le BIT fait campagne pour relancer la liberté syndicale en Asie

Syndicats. Pour de nombreux pays asiatiques, le droit syndical, s'il est parfois reconnu sur le papier, est nié dans les faits. L'institution fait un bilan à l'occasion des 50 ans de la convention qui le défend

Le droit des travailleurs et des employeurs de se syndiquer librement n'est pas acquis dans bon nombre de pays en Asie. Telle est la conclusion d'un rapport du Bureau international du travail (BIT), qui organise cette semaine une campagne conjointe à Genève et Bangkok (Thaïlande), à l'heure où la crise économique qui bouleverse la région attise les conflits sociaux. Le BIT marque ainsi les cinquante ans de sa Convention 87, adoptée en 1948, qui défend le droit de se syndiquer librement et que 122 Etats-membres de l'Organisation mondiale du travail (OIT) ont ratifiée dans le monde. Dans ce rapport, douze pays de la zone du Sud et Sud-Est asiatique, tous membres de l'OIT, sont passés en revue. Parmi ces douze, quatre seulement ont ratifié ladite Convention: l'Indonésie, le Japon, les Philippines et la Birmanie (aujourd'hui Myanmar), ce qui ne signifie pas toutefois, et de loin, que la liberté syndicale y soit respectée. Par exemple en Birmanie, où, rappelle le BIT, les droits fondamentaux sont bafoués en raison du régime totalitaire. Petit tour d'horizon qui n'a rien d'exhaustif. En Chine, les syndicats sont définis comme «les organes de liaison entre le Parti communiste chinois et les masses travailleuses». La constitution de 1982 y interdit le droit de grève et la «sécurité de l'Etat» prime sur les mouvements syndicaux indépendants. Le BIT fait état de répressions et de l'arrestation de nombreux travailleurs ayant cherché à s'affilier à de telles organisations jugées menaçantes pour l'Etat. A Hongkong, aujourd'hui en mains chinoises, la Confédération des syndicats de Hongkong déposait l'an dernier une plainte contre le gouvernement pour violation de la liberté syndicale. Au Japon, le droit de se syndiquer est refusé aux personnels de lutte contre l'incendie. Les fonctionnaires, particulièrement les enseignants du secteur public, n'ont pas le droit de grève et risquent le licenciement, voire des sanctions pénales, en cas d'infraction. Au Cambodge, le développement de l'économie nationale et l'appel aux investisseurs étrangers prétéritent des conditions de travail qu'une législation encore «immature» ne permet pas de protéger, analysent les auteurs du rapport. En Indonésie, avant les événements de ces dernières semaines, plusieurs plaintes ont été déposées contre des cas de violation systématique des droits syndicaux. Les groupes syndicaux y revendiquent par ailleurs l'abrogation de l'actuelle loi sur le travail, jugée trop répressive. Une commission formée de 20 experts indépendants, réunis une fois par an à Genève, se charge de contrôler l'application de ces droits. Son action est renforcée par le Comité de la liberté syndicale du BIT, composé de représentants des travailleurs, des employeurs et des Etats-membres. Ce dernier instruit les plaintes portées notamment contre la discrimination syndicale, le déni du droit de grève ou le refus des négociations collectives.

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