Planète Finance

Beaucoup de bruit (fiscal) pour rien

Trump a délaissé les tweets pour une feuille A4 au moment de dévoiler sa réforme fiscale, mercredi. Cette soudaine ambition narrative n'a pratiquement pas suscité d'intérêt

Il n’y a pas que les indices boursiers comme le MSCI mondial et le Nasdaq qui battent des records ces temps-ci. Donald Trump aussi, mais dans l’impopularité: moins de 42% des Américains approuvent son action. Au moins, ils se souviennent qu’il existe, alors que les investisseurs ont presque fini par l’oublier. La publication des grandes lignes de son grand plan de réforme fiscale, mercredi soir, n’a pas fait sourciller les marchés.

C’était pourtant l’une de ses principales promesses de campagne: une rénovation drastique du système fiscal américain, avec des baisses d’impôt considérables pour les entreprises de toutes tailles comme pour les ménages. Une révolution, du jamais-vu, du «plus fort que Reagan».

C’est peu de dire que l’annonce par le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a fait «pshitt». Les points principaux, comme la baisse du taux d’impôt des entreprises de 35% à 15%, avaient déjà fuité. Et aucun détail pratique ou concret n’a été dévoilé.

Sur la simple feuille A4 qui contenait le projet, pas de place pour des précisions sur la ponction unique que devront subir les géants de la tech au moment de rapatrier leurs centaines de milliards déposés à l’étranger. Pas de place non plus pour des explications sur le financement de ces coupes drastiques dans les revenus publics, si ce n’est que la croissance résoudra tout. On peut s’estimer heureux que Trump n’ait pas communiqué par tweet, pour une fois.

Le secteur immobilier serait l’un des grands gagnants de cette réforme, grâce à des taux d’imposition divisés par deux pour beaucoup de promoteurs. La baisse de la fiscalité des individus profitera également aux propriétaires d’immeubles, qui seront peut-être encouragés à investir encore.

Les mauvaises langues diront que le président n’oublie pas qu’il retournera dans la pierre d’ici 4 à 8 ans (à quoi répondront les encore plus mauvaises langues qu’il n’en est jamais parti, après avoir placé ses enfants à la tête de son empire).

Une réforme fiscale finira bien par voir le jour, mais de quelle ampleur? Mystère, vu l’opposition d’une partie des élus républicains rétifs à toute explosion du déficit fédéral. Plus personne ne croit que le projet sera mené avant 2018, et probablement pas avant le deuxième trimestre.

Peu importe finalement, les marchés sont déjà passés à autre chose. Ils ont reporté leur croyance du moment sur les résultats des entreprises et les chiffres macro-américains (qui ont été bons). Après avoir échoué à abroger l’Obamacare, s’être fait rabrouer sur l’immigration, l’enlisement du grand projet fiscal fait que Donald Trump n’est plus une voix dominante. Un simple bruit de fond tout au plus.

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