«Les marchés financiers aiment-ils la croissance?» Oui, a répondu sans hésitation Michel Girardin, responsable de la stratégie de placements auprès de la Banque Edouard Constant (BEC), à l'occasion de la présentation des perspectives d'investissements pour l'an 2000. L'évolution, parallèle depuis le début de la décennie 1990, de la performance des actions par rapport aux obligations et de l'indicateur avancé des pays du G7 le démontre, mettant à mal le préjugé voulant que le malheur des peuples fasse le bonheur de la Bourse. Autrement dit, les obligations doivent être préférées aux actions en période de récession, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

La croissance économique se confirme un peu partout

La croissance économique se confirme un peu partout dans le monde, quand elle n'est pas déjà, comme aux Etats-Unis, très solidement implantée (lire Le Temps du 3 janvier). Alors que, fin 1998, les perspectives de croissance mondiale étaient plutôt moroses, le ton est très différent aujourd'hui: la reprise synchronisée se traduit par des prévisions d'augmentation du PIB pour 2000 de 3,5% aux Etats-Unis (soit un ralentissement par rapport à 1999), de 2,8% dans la zone euro (2,1% en 1999), de 3,1% au Royaume-Uni (1,8%), de 1,8% en Suisse (1,3%) ou encore de 0,7% au Japon (0,5%), selon la BEC. «En un an, on est passé de la froideur du Groenland à la chaleur du Sahara», constate Michel Girardin. Une transition qui milite en faveur des actions. Toutefois, la banque émet quelques bémols.

D'une manière générale, explique Edouard Crestin-Billet, pdg de la BEC, les changements structurels de l'économie mondiale provoquent une surévaluation des marchés en regard des modèles historiques ainsi qu'une volatilité accrue. La première conséquence s'applique particulièrement aux Etats-Unis dont la Bourse est, selon les critères d'Alan Greenspan, surévaluée de 37%. Ce modèle a d'ailleurs quelque chose d'effrayant: ainsi, l'écart entre l'évolution du rendement obligataire et des bénéfices qui prévalait juste avant le krach de 1987 tend à se répéter depuis début 1999 (voir tableau ci-dessus). L'orage pourrait venir du secteur technologique qui pèse 40% du marché américain si l'on inclut les télécoms et qui s'est fortement apprécié ces dernières années. «Toute la question est de savoir, en cas d'éclatement de la bulle technologique, ce qu'il adviendra sur le marché», juge Michel Girardin.

Pourtant, l'économiste croit davantage, dans une proportion de quatre contre un, en un atterrissage en douceur de la croissance outre-Atlantique. En ce cas et grâce, notamment, à un resserrement monétaire de 75 points de base sur douze mois, le Dow Jones devrait rester dans une fourchette oscillant entre 11 000 et 11 500 d'ici à 2002 avant de repartir à la hausse dès 2003. Reste le faible danger d'une sévère correction qui verrait, selon Michel Girardin, le Dow Jones chuter à moins de 9000 points cette année. Comment optimiser le portefeuille d'un investisseur quand ce dernier a, selon ces scenarii, huit chances sur dix de ne rien gagner à Wall Street et deux chances sur dix de perdre beaucoup? Soit, si l'on reste sur le marché américain, en investissant dans des produits structurés en s'assurant contre d'éventuelles pertes, soit en achetant des titres dans d'autres régions du monde, comme l'Europe ou le Japon. En pleine phase de redémarrage, le Vieux Continent bénéfice d'un atout non négligeable: la capitalisation boursière par rapport au PIB y est beaucoup plus faible qu'aux Etats-Unis. Ce qui justifie pleinement les investissements dans l'Euroland, que la BEC n'hésite pas à qualifier d'eldorado boursier.