Une obligation en francs sur sept ans dont le nominal est garanti, bof… Et dont le coupon à rendement variable vise une rémunération nette comprise entre 7% et 9%? A une époque où les taux rasent les planchers, les institutionnels, et en particulier les caisses de pension dont les responsables commencent à avoir des doutes sur leur possibilité de respecter le taux technique de 4% cette année, pourraient bien avoir des yeux de Chimène pour un tel produit financier. De fait, hormis les obligations à haut rendement sur lesquelles il faut une expertise spécifique et quelques reliquats d'obligations étatiques ou cantonales qui arriveront bientôt à échéance, il n'existe actuellement aucun produit obligataire qui puisse prétendre à un tel niveau de rémunération. D'où l'intérêt que pourrait susciter le Swisscore Bond 2006 (CHF) que la Banque Edouard Constant (BEC) émettra le 30 septembre prochain. Son coupon variable vise en effet l'objectif d'un rendement de 7% à 9%…

Mais pourquoi parler d'une émission obligataire, qui visera un volume de 75 à 150 millions de francs, dans un espace réservé aux fonds de placement? Tout simplement parce que ce produit est le premier du genre en Suisse à être directement lié à un fonds de placement. En l'occurrence, le coupon annuel de Swisscore Bond 2006 est lié à la performance du fonds BEC Value (CHF), un outil de droit suisse à risque particulier qui investit dans les stratégies alternatives. Notée AA par Standard & Poor's, qui a donné cette notation à Zurich Capital Markets, la filiale de l'assureur Zurich qui garantit le nominal de l'émission, Swisscore Bond 2006 (CHF) «veut répondre à l'impératif qu'ont les caisses de pension d'investir une grande partie de leurs actifs en obligations».

D'un autre côté, ces caisses doivent aussi respecter la contrainte légale du taux technique à 4% qui leur est faite par l'ordonnance sur la LPP. En visant un objectif de rendement net de frais compris entre 7% et 9%, ce produit de la BEC devrait donc permettre aux institutionnels «d'obtenir un rendement comparable à celui des actions tout en bénéficiant de la sécurité des obligations». Pour François Scheidegger, sous-directeur de la gestion institutionnelle à la BEC qui défend ainsi le produit, c'est un argument qui pourrait bien faire mouche dans de nombreuses caisses de pension. De fait, l'idée de ce produit est née des réflexions qu'ont eues ces institutionnels quand les spécialistes de la BEC leur ont présenté le véhicule sous-jacent de cette émission, en l'occurrence le fonds de placement BEC Value.

Une alternative pour la clientèle

Autorisé par la Commission fédérale des banques ce printemps, cet outil dispose de cinq segments libellés en cinq devises différentes (franc, dollar, euro, livre sterling et couronne danoise) et de trois classes par segments qui sont spécifiques aux clientèles visées (détail, gestion privée et institutionnelle). Chaque classe du fonds dispose d'une structure de frais adaptée aux besoins de la clientèle visée. Le fonds de placement BEC Value complète la palette de produits très classique de la banque en ce sens qu'il offre à sa clientèle une alternative de placement dans des outils qui génèrent une performance dite absolue. Et, par rapport à cette démarche qu'ont déjà eue d'autres fonds comme le Leu Prima Global, l'originalité du fonds de fonds de la BEC, comme le rappelle Stéphane Pizzo qui dirige à la BEC la recherche sur les investissements alternatifs, vient de ce que «son premier objectif est de ne pas perdre plus de 3% de performance par mois».

Du coup, la construction de son portefeuille de fonds alternatifs vise un rendement en dollars compris entre 13% et 18%. Cela peut certes paraître modeste pour les habitués des hedge funds et autres outils macro mais cela intègre la volonté de minimiser la perte éventuelle due aux soubresauts de performance des fonds alternatifs où investit le BEC Value. C'est ce garde-fou contre un dérapage à la baisse de la performance et le fait que le segment en francs soit, pour la première fois sur le marché suisse des fonds de placement, la base d'une émission obligataire qui font l'originalité conceptuelle du BEC Value. Juridiquement en effet, sa construction n'a rien à envier à celle du fonds de fonds Leu Prima Global qui aura été le premier à tracer la voie des fonds de fonds en outils alternatifs sur le marché suisse pour une clientèle de détail.

Fin mai, le BEC Value avait réalisé une performance de 2,31% depuis son lancement en mars. C'est en ligne avec les objectifs du fonds selon ses responsables. Sur les conseils de Mari Kooi de Wolf Risk Management et sous le contrôle attentif d'un professionnel des fonds alternatifs mandaté par la direction du fonds, SwissEdge Services SA, ses actifs de 45 millions de dollars sont investis à 18,75% dans des fonds macro, 15,98% dans des outils d'arbitrage, 19,41% dans des fonds «event driven», 29,07% dans des instruments dits opportunistes et le solde chez des CTA. On peut certes regretter de ne pas avoir connaissance des fonds dans lesquels le BEC Value investit mais sa direction fait un réel effort de transparence en termes de risques. A titre d'exemple, dans la masse d'informations détaillées qui sont données sur la structure des différents risques, on retiendra qu'il a une liquidité au moins mensuelle pour 51% de ses actifs et qu'il présente un effet de levier modeste de 1,5 fois.