Ben Bernanke inaugure un blog et promet des taux durablement bas

Réseaux sociaux L’ex-banquier central écrit que l’économie, et non la Fed, explique les taux zéro

Il prévoit une baisse des déséquilibres et critique l’idée de stagnation séculaire

Ben Bernanke, l’ancien président de la Fed, prend sa plume, ou plus exactement sa version moderne, et inaugure un blog moins opaque que quantité de ses discours officiels.

Dans son premier article, il explique que «les taux bas ne sont pas une aberration, mais une tendance à long terme». Ce n’est pas la Fed qui en est responsable, ajoute-t-il, mais l’économie et les attentes des acteurs économiques.

Ben Bernanke recommande de se concentrer sur les taux d’intérêt réels (après inflation) et non les taux nominaux. «La Fed n’influence les taux que dans le sens étroit. Elle définit les taux directeurs. Mais sa capacité à exercer un impact sur les taux d’intérêt réels est transitoire et limitée.» En dehors du court terme, ces derniers sont influencés par la croissance économique, non par la Fed.» La banque centrale s’évertue à maintenir les taux proches de son estimation de l’équilibre général. Dans une économie «en récession, cet équilibre est bas parce que les opportunités d’investissement sont limitées et relativement peu rentables», écrit-il sur un ton presque scolaire.

Il repousse la critique selon laquelle la Fed «tue l’épargne des retraités» («throwing seniors under the bus») en maintenant des taux zéro. Pour Ben Bernanke, aujourd’hui, le taux d’équilibre réel est nul et probablement négatif. Si la Fed relevait les taux excessivement, on risquerait une contraction économique. La Fed «ne crée pas davantage de distorsions sur les marchés financiers», à son avis.

Ben Bernanke écrit pour l’instant un post par jour. Et les réactions sont abondantes sur les réseaux sociaux. Dans son deuxième écrit, il rejette la thèse d’une «stagnation séculaire» définie par Larry Summers, ex-conseiller économique de Barack Obama. Cette notion, qui avait été imaginée par Alvin Hansen en 1938, signifie qu’en raison du ralentissement démographique et du développement technologique, l’économie entre dans une longue phase de stagnation. Selon Larry Summers, Hansen avait «eu raison trop tôt». Larry Summers estime pour sa part que la stagnation séculaire n’affecte pas seulement la demande, mais aussi l’offre. Dans la pure tradition keynésienne, il en déduit que seule une politique budgétaire expansive peut augmenter l’emploi.

Ben Bernanke soutient Larry Summers à l’égard de la nécessité pour les Etats-Unis d’investir dans les infrastructures, mais il le désavoue sur l’essentiel. L’ex-banquier central lui reproche d’avoir une vision domestique et d’omettre la dimension internationale. «La disponibilité d’investissements rentables à l’étranger permet de combattre la stagnation domestique», écrit-il. Le dollar, si les capitaux s’investissent à l’étranger, devrait alors baisser. Ben Bernanke repousse ainsi l’idée d’un rendement des capitaux en permanence proche de zéro.

Le troisième post de Ben Bernanke se penche sur une autre raison qui explique les taux zéro, celle d’un fort afflux d’épargne (saving glut). Le phénomène serait provoqué par la faiblesse des exportations américaines et le déficit commercial important du pays ainsi que par la décision des gouvernements des pays émergents de réduire leurs emprunts et d’investir leurs réserves à l’étranger. Les statistiques confirment l’existence d’un afflux d’épargne, observe Ben Bernanke. Mais le déficit de la balance courante américaine a été réduit de moitié depuis 2006 et l’excédent courant des pays émergents a également chuté.

Bonne nouvelle. Les déséquilibres sont en train de diminuer grâce aux efforts de la Chine pour réduire sa dépendance aux exportations et à la diminution de la balance commerciale. Mais Ben Bernanke se plaint de la hausse de l’excédent courant de l’Allemagne et de la zone euro. Sa conclusion est porteuse d’espoir. La réduction progressive des déséquilibres des balances courantes devrait se traduire par une hausse des taux d’intérêt et une amélioration de la conjoncture américaine.

«La capacité [de la Fed] à exercer un impact sur les taux d’intérêt réels est transitoire et limitée»