Un chemin pavé d'embûches. Aujourd'hui, Ben Bernanke, chef des conseillers économiques de la Maison-Blanche, devrait être officiellement nommé à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed) en remplacement d'Alan Greenspan. Le vote du Sénat semble acquis.

Ben Bernanke ne doit pas être complètement à l'aise. La conjoncture américaine montre d'évidents signes de ralentissement. Le produit intérieur brut (PIB) n'a avancé que de 1,1% au dernier trimestre 2005. Les analystes tablaient sur un chiffre de 2,8%.

Hasard du calendrier, la Fed devrait aussi relever ce mardi ses taux directeurs d'un quart de pour-cent à 4,5%. Quatorzième resserrement monétaire successif destiné à lutter contre une surchauffe de l'économie américaine. Probablement l'un des derniers de la série.

Le nouvel homme fort de la Fed aura fort à faire ces prochains mois. Feuille de route du président Bernanke.

15 février, devant les sénateurs.Un passage obligé. Ben Bernanke va livrer ses vues sur l'économie américaine à l'occasion du traditionnel rapport semestriel qu'il présentera devant une commission du sénat.

15 mars, le «Beige book». Le document de travail des membres de la Fed. Le Livre beige donne des conclusions économiques détaillées par région. Une des boussoles des marchés pour déterminer les décisions à venir en matière de politique monétaire.

A l'écoute des marchés et des statistiques économiques. Les récentes statistiques ont éclipsé le trou de croissance enregistré au dernier trimestre. «Les commandes de biens durables et les demandes d'allocations chômage suggèrent une tendance plus soutenue au premier trimestre», souligne Goldman Sachs. Ben Bernanke va scruter attentivement les chiffres à venir. Une attention particulière sera portée aux statistiques sur l'immobilier, la confiance des consommateurs, l'inflation et l'emploi. Ces indicateurs s'avéreront déterminants. La flambée de l'immobilier a gonflé le revenu disponible des ménages américains ces dernières années. Entre juin 2003 et l'été 2005, le prix moyen des maisons a grimpé de 22%. Cette envolée a soutenu les ardeurs dépensières des consommateurs. Une frénésie qui a largement contribué à la bonne tenue de l'économie américaine, nourrie à plus de deux tiers par les dépenses des ménages. Mais l'édifice donne des signes de fatigue. La construction semble ralentir. Un atterrissage en douceur de l'immobilier résidentiel s'avérera primordial pour la santé économique des Etats-Unis.

Ben Bernanke sera également attentif à l'inflation. Les prix à la consommation (hors alimentation et énergie) ont grimpé à 2,2% l'année dernière aux Etats-Unis. Un renchérissement qui n'inquiète guère les économistes. «L'envolée du prix des matières premières et de l'énergie est contrecarrée par la Chine qui exporte de la déflation», souligne l'économiste d'une banque privée genevoise. Mais les marchés pourraient s'inquiéter si le prix du pétrole restait durablement installé au-dessus de 65 dollars. Particulièrement dans le cas où les salaires venaient à grimper. «Le récent Beige book... mentionne l'apparition de pénurie de main-d'œuvre dans quelques secteurs... Ces tensions sur le marché du travail rappellent que le risque haussier sur l'inflation est encore présent, bien que la progression des salaires soit restée jusqu'alors contenue», indique Sandrine Boyadjian, économiste au Crédit Agricole, interrogée parCapital.fr.

28 mars, réunion de la Fed. La majorité des économistes parie sur un dernier serrage de vis de 0,25%. Un scénario qui dépendra à coup sûr des statistiques économiques publiées au premier trimestre. Et peut-être également de la tenue des marchés obligataires et actions. Les Bourses n'avaient-elles pas vécu un krach en 1987? Juste après l'intronisation du prédécesseur de Ben Bernanke, un certain Alan Greenspan.