La Banque Bénédict Hentsch se trouve prise, bien malgré elle, dans l'affaire Madoff. A peine trois mois après s'être associée au gérant alternatif Fairfield Greenwich, la banque privée genevoise doit faire marche arrière et rompre l'accord. L'établissement fondé en 2004 par Bénédict Hentsch et Robert Pennone avait fusionné, le 7 septembre dernier, avec le géant américain de la gestion alternative... qui se trouve avoir la moitié de ses avoirs placés dans Fairfield Sentry Ltd. Ce fonds était cogéré par Bernard Madoff. Cette situation est très délicate pour la banque.

Les deux associés genevois avaient placé une partie des avoirs de leurs clients dans ce véhicule. «Nous avions moins de 5% de la masse sous gestion dans le fonds Sentry, soit 56 millions de francs sur les 1,5 milliard que nous gérons», a précisé vendredi au Temps Robert Pennone. En outre, la banque avait des positions de négoce pour compte propre de 200000 dollars dans le fonds Madoff. Robert Pennone relativise: «C'est pour Fairfield que la situation est réellement difficile.»

Retour à l'indépendance

C'est pourquoi, comme l'a communiqué la banque vendredi, elle prend «toutes les mesures utiles pour la protection des intérêts de sa clientèle ainsi que les intérêts propres de la maison».

Aujourd'hui même, Robert Pennone et Bénédict Hentsch se sont envolés pour New York avec leurs avocats: «Nous allons rediscuter de l'accord avec Fairfield car nous souhaitons reprendre notre indépendance», explique l'associé.

La banque jouissait jusque-là d'une autonomie opérationnelle vis-à-vis de Fairfield, mais non juridique. Elle veut donc s'éviter des risques légaux, les deux associés genevois étant entrés dans le capital de Fairfield Greenwich ainsi que dans son conseil d'administration depuis septembre.

Les deux Genevois dénouent aujourd'hui une transaction à laquelle ils avaient travaillé deux ans durant. Désormais, la Banque Bénédict Hentsch, qui emploie 35 personnes, devra à nouveau revoir entièrement son modèle d'affaires.