Politique monétaire

Le bénéfice de 16 milliards de la BNS peut partir en fumée

Pascal Broulis juge prématuré de se réjouir des résultats positifs de la banque centrale

Le redressement est spectaculaire. La Banque nationale suisse (BNS) a annoncé jeudi un bénéfice de 16,1 milliards de francs à fin juin. L’an dernier, à pareille époque, la perte se montait à 7,3 milliards.

La Confédération et les cantons, privés l’an dernier du versement du traditionnel milliard de francs qui leur revenait selon une convention révisée en novembre 2011, peuvent-ils déjà se frotter les mains à l’idée de recevoir à nouveau, dès juillet 2015, une part du bénéfice 2014 de la banque centrale helvétique?

La forte volatilité de la bourse, du marché des devises, et du prix de l’or oblige les trésoriers cantonaux à la plus grande prudence. «Je me réjouis tout d’abord de constater que la BNS n’affiche pas une perte, mais de toute manière, nous ne recevrons rien cette année, constate Pascal Broulis, directeur des finances du canton de Vaud. Et même si je caresse l’espoir d’un retour au passé, il faudra attendre la fin de cette année pour savoir si les réserves de la BNS seront suffisamment reconstituées pour permettre le versement d’une part du bénéfice aux cantons dès 2015».

Distribution aléatoire

La BNS a toujours été très claire. Lors de la signature de la convention de distribution du bénéfice, elle a affirmé que «la banque nationale n’a pas pour mission de réaliser et de distribuer des bénéfices. Si aucun bénéfice n’est porté au bilan, la Confédération et les cantons ne peuvent faire valoir aucun droit à une distribution».

Le règlement prévoit que la BNS doit constituer une double provision avant de pouvoir distribuer une partie de son bénéfice. A la fin de l’année, elle devra d’abord remettre à flot la réserve ad hoc, aujourd’hui dans le rouge à hauteur de 6,8 milliards de francs, et attribuer quelque 3 milliards de francs à la provision pour réserves monétaires. Il faudra dès lors que le bénéfice 2014 atteigne quelque 11 milliards de francs pour permettre la fameuse distribution du milliard à la Confédération (un tiers) et aux cantons (deux tiers).

Détérioration à mi-2013

L’an dernier, la situation financière s’est détériorée dès la fin du printemps, creusant la perte qui s’est montée à 9,1 milliards de francs à fin décembre, alors qu’à fin mars le bénéfice était de 11,1 milliards.

Au 30 juin 2014, seule une partie du bénéfice de 16,1 milliard de francs annoncé est effectivement encaissé. Il s’agit du produit des intérêts (3,7 milliards) et les dividendes (1,1 milliard). Cela représente moins du tiers du bénéfice publié. Le solde est constitué d’effets comptables de réévaluation du stock d’or (+3,5 milliards), de gains non réalisés de cours de bourse (+7,5 milliards), et d’un léger gain de change sur les réserves de devises (+0,3 milliard).

Rappelons que l’introduction, le 6 septembre 2011, du cours plancher de 1,20 franc suisse pour un euro, et la défense massive de ce taux de change durant un an, a gonflé le bilan de la BNS dont les actifs dépassent aujourd’hui 500 milliards de francs, dont 457 milliards sous forme de placements de devises (46% en euros et 27% en dollars).

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