L’année 2020 a été le premier exercice complet dans lequel les revenus de l’entité française d’Edmond de Rothschild apparaissent dans les comptes du groupe bancaire suisse. Ce dernier a modifié sa structure au troisième trimestre 2019. Edmond de Rothschild Suisse est alors sortie de la bourse zurichoise et est devenue la maison mère de la filiale française, qui était auparavant une société sœur, en plus des filiales du Luxembourg et de Monaco. «C’est l’aboutissement d’une décision prise en 2011 par Ariane et Benjamin de Rothschild, qui voulaient créer une seule banque», observe le directeur général Vincent Taupin, regrettant au passage que Benjamin de Rothschild, décédé début 2021, n’ait pas vu plus longtemps le résultat de la stratégie qu’il avait imaginée.

Cette réorganisation explique que les revenus du groupe, dévoilés mercredi, ont augmenté de 15%, à 894 millions de francs l’an dernier, et le bénéfice opérationnel de 20%, à 157 millions. Sans tenir compte de l’arrivée de l’entité française dans le giron d’Edmond de Rothschild Suisse, ce résultat opérationnel aurait reculé de 7%.

Pour deux raisons, détaille Cynthia Tobiano, la directrice générale adjointe: «D’une part, la baisse des taux d’intérêt américains, l’an dernier, a coûté une quinzaine de millions de francs de revenus en moins; d’autre part, les placements propres de la banque ont rapporté une trentaine de millions de moins qu’en 2019.» La banque joue en effet le rôle de sponsor de ses fonds illiquides (infrastructure, immobilier, private equity), en apportant généralement 5% des fonds de ces véhicules de placement aux côtés des clients. Or «la pandémie a ralenti l’activité transactionnelle», précise encore Cynthia Tobiano.

Baisse du bénéfice de l’asset management

Sur les 57 millions de bénéfice net, en hausse de 4% hors effet de l’intégration des activités françaises en année pleine, l’activité de gestion privée en apporte environ 40% et a connu une croissance du profit «à deux chiffres» l’an dernier, selon notre interlocutrice. Le résultat d’exploitation de l’asset management, qui représente 60% du bénéfice total, a reculé de 5 à 6% par rapport à 2019.

C’est la conséquence de retraits nets dans cette activité à hauteur de 3 milliards l’an dernier, dans les stratégies liquides, essentiellement sur la période d’agitation des marchés, en mars-avril. Les stratégies illiquides de la gestion d’actifs ont, en revanche, attiré 2,2 milliards de francs supplémentaires, et la banque privée 2 milliards. Les marchés et les changes, enfin, ont eu un impact négatif sur la masse sous gestion, qui a reculé de 3% l’an dernier à 168 milliards de francs, répartis entre 76 milliards pour la banque privée et 91 milliards pour l’asset management.

Lire aussi: Michel Longhini: «L’écosystème Rothschild n’est pas du marketing, ce sont nos racines»

La Suisse représente environ un tiers de l’activité du groupe, avec entre 750 et 800 collaborateurs, contre près de 600 en France, autant au Luxembourg et environ 200 à Monaco. Le rendement des fonds propres d’Edmond de Rothschild a été de l’ordre de 7% l’an dernier; l’établissement détient des fonds propres élevés, excédentaires de 650 millions par rapport aux exigences réglementaires.