La croissance de 29,6% du bénéfice brut sur un an à fin juin, c'est bien. Mais il ne suffit pas que la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) ait annoncé vendredi un cash-flow semestriel de 226,7 millions de francs contre 174,8 millions à fin juin 1999. Certes, ce résultat donne à penser que le bénéfice brut pour 2000 devrait se situer facilement entre 450 et 470 millions de francs, le premier de ces deux chiffres étant d'ailleurs l'objectif des responsables du groupe BCV. Mais c'est surtout sa composante qualitative qui est intéressante. Malgré une détérioration de la marge des taux passifs, ce bénéfice brut bénéficie en effet des premiers indices de la reprise économique sur les affaires portant intérêt. Il reflète aussi une forte croissance des opérations de commissions (+39%) et donc le succès de la stratégie de diversification des revenus du groupe. Il amortit les aléas conjoncturels sur les opérations de négoce, profite d'une plus-value boursière et trahit une reprise contrôlée des coûts. Le tout dans le contexte d'un bilan dont la hausse est en phase avec la croissance économique du pays. Explications.

Au deuxième étage du quartier général de la BCV, on a l'oeil rivé sur la progression du cash-flow en relation avec celle du bilan. A fin juin, l'équipe de Gilbert Duchoud a donc toutes les raisons d'être satisfaite. La hausse plutôt faible du total du bilan (+2,5% à 35,9 milliards de francs) reflète, à l'actif, les indices de la reprise économique dont tout le monde parle. Mais elle n'en indique aucun excès. Comme le souligne le directeur général adjoint Jean-Pierre Schrepfer, «ce n'est pas encore le gros boom mais on a noté la reprise des activités de crédits commerciaux». Ceux-ci ont progressé de 4,6% à 10,15 milliards. Par contre, les crédits hypothécaires n'ont progressé que marginalement (+63 millions à 16 milliards). Ceci reflète la prudence des acteurs mais aussi qu'en Suisse romande, les banques amortissent d'abord un maximum. Au passif, l'épargne continue cependant à fondre: elle a diminué de 4,6% (-431 millions). Ce qui se répercute sur la hausse des besoins de refinancement sur les marchés financiers: les dépôts et emprunts à long terme à des tiers augmentent de 3,5% à 27,15 milliards.

Ce dernier élément peut expliquer que la marge nette des produits d'intérêts ne s'améliore que légèrement. A un niveau de 1,14%, elle reste insatisfaisante pour le groupe BCV. A long terme d'ailleurs, la combinaison entre l'érosion continue de l'épargne, la nécessité d'aller emprunter à des conditions différentes sur les marchés financiers et le besoin de suivre la reprise économique pourraient avoir des conséquences sur la tarification des crédits que la BCV accorde à sa clientèle. Ou l'inciter à entrer en matière sur des scénarios de titrisation de certains de ses actifs. Dans ce contexte, elle veut d'ailleurs être plus active dans le «corporate finance», une activité où il s'agit plutôt de participer au capital des entreprises que de leur accorder des crédits commerciaux. Il reste que si les revenus des opérations d'intérêt progressent de 10%, ceux des opérations de commission directement liés avec le métier de banque privée explosent de 39%. Pour une masse sous gestion d'environ 60 milliards, ils s'élèvent à 167,7 millions dont plus du tiers proviennent des filiales spécialisées.

Charges à la hausse

Ces revenus compensent en tout cas la hausse des charges (+10% à 249,8 millions). Ils sont plus stables que ceux des opérations de négoce qui diminuent de 24% en raison de la baisse des marchés obligataires et asiatiques ou que ceux des autres résultats ordinaires, en forte hausse sous l'influence d'une plus value réalisée dans la vente d'une partie des actions d'un groupe suisse romand actif dans la haute technologie. Quant aux charges, elles repartent à la hausse sous l'effet des bonus et d'un désir d'investir en personnel pour soutenir la croissance du groupe. Au final, le rythme de croissance des revenus et des charges que le groupe BCV semble avoir trouvé pour l'exercice en cours permet à ses responsables d'anticiper un bénéfice brut d'au moins 450 millions de francs. Selon le comportement des opérations de négoce, il pourrait aussi être supérieur. Cela permettra de continuer à bien provisionner les crédits problématiques. Car, comme le souligne le Credit Suisse First Boston dans un premier commentaire, la faiblesse de la marge d'intérêt du groupe BCV s'explique aussi par un niveau toujours élevé de ses actifs non performants.