Sous la conduite de Josef Ackermann, la Deutsche Bank est en passe de faire mieux que l'ancienne banque de son directeur général, le groupe Credit Suisse. Au premier trimestre, le géant bancaire de Francfort a réalisé un bénéfice net de 2,1 milliards d'euros (3,5 milliards de francs), une performance pour la première fois supérieure, de 29,6%, à celle de la maison de la Paradeplatz. La capitalisation boursière de cette dernière, à 114,2 milliards de francs, est cependant plus élevée de 14,5% de celle de la Deutsche Bank, qui n'est que de 60,5 milliards d'euros (99,7 milliards de francs).

La performance financière de l'établissement allemand confirme son retour parmi les grands après avoir touché le fond en 2002. Cette année-là, qui a vu la transmission de la direction générale de Rolf Breuer (aujourd'hui président du conseil de surveillance) à Josef Ackermann, la banque valait à peine plus de la moitié de sa capitalisation actuelle.

Le redressement est à mettre au crédit d'une stratégie de groupe plus radicalement orientée vers le négoce que celle du CS et à l'opposé de celle d'UBS, basée principalement sur la constitution d'un mastodonte de la gestion de fortune.

L'activité la plus dynamique de la Deutsche Bank est en effet dans la banque d'affaires et les changes. Dans cette dernière activité, elle se réclame du premier rang mondial avec une part de marché de 19%. Les clients de cette division, qui réalise à elle seule plus du tiers des revenus totaux avec des rentrées de 3,4 milliards d'euros sur le trimestre passé, sont des professionnels du négoce. Ce sont principalement des gérants de fonds long only ou de hedge funds.

Envol des marchés

Si l'on ajoute le négoce de titres, qui contribue au chiffre d'affaires global pour 1,7 milliard, ce sont 55% des revenus de la banque qui sont générés par le négoce de titres, le crédit et les changes. Pour un groupe à la vocation universelle, et qui occupe une place déterminante dans l'économie allemande, cette proportion est remarquable. Ce succès est dû évidemment à la poursuite de l'envol des marchés financiers au premier trimestre, malgré la baisse marquée des indices d'actions entre la fin du mois de février et la mi-mars. La banque le souligne en précisant, dans son communiqué, que son essor dans les changes a été dû à «des volumes et une volatilité plus élevés sur les principaux marchés».

A long terme, la progression de l'action reflète celle des résultats. En 2002, elle se traitait 8 fois les bénéfices estimés pour l'exercice à venir. Actuellement, ce multiple atteint le niveau de 10,9, malgré un petit repli mardi à 115,90 euros par titre. Ce redressement est susceptible de mieux protéger le groupe d'une OPA hostile, que d'aucuns prévoyaient ces dernières années. Toutefois, il reste encore en deçà de la moyenne du secteur, qui est de 12,5.