La banque Julius Baer a le vent en poupe. Mieux, elle surfe sur la vague du profit. Le bénéfice net du groupe a augmenté de 80% au premier semestre pour se fixer à 249 millions de francs. «C'est du jamais vu! Julius Baer récolte enfin les fruits des investissements effectués en 1999» note Regina Anhorn, analyste bancaire auprès de Lombard Odier & Cie à Zurich.

Pour la banque dont le métier de base est la gestion de fortune, tous les indicateurs sont au vert. Les produits d'exploitation ont augmenté de 55% à 885 millions alors que les charges d'exploitation ont été maîtrisées avec une progression de 34%. L'excellent résultat des produits d'exploitation est étroitement lié à la forte croissance des prestations de services (+73%) qui constituent aujourd'hui les trois quarts de ce poste. «Il faut tout de même se rappeler que la banque zurichoise avait déçu les analystes l'année passée. La médiocre performance de 1999 favorise donc la publication de bons chiffres en 2000», remarque toutefois Regina Anhorn. Il n'empêche, les résultats du premier semestre restent un cru exceptionnel.

Il est vrai que Julius Baer avait vécu une année 1999 difficile. La perte de valeur de l'euro face au dollar et l'expansion des coûts de personnel avaient sérieusement entamé son bénéfice. Mais c'est un tout autre portrait financier que l'on peut voir dans les comptes semestriels publiés mardi. Cette fois, l'effort s'est surtout porté sur les charges. Talon d'Achille du groupe, les frais de gestion et de bureau (+14%) ainsi que les coûts de personnel (+45%) ont été contenus à 473 millions au premier semestre 2000.

Transfert de clientèle

L'effectif est passé de 2008 à 2150 collaborateurs, en hausse de 7%. Le ratio charge/produit a ainsi fondu de 64 à 56%. Mais la maîtrise de ces coûts est favorisée par un petit artifice comptable. A la suite de la nouvelle réglementation des Normes comptables internationales (IAS 38), des frais d'un montant de 11 millions qui ont été engagés pour des projets informatiques n'ont pas été réévalués. Sans cette correction, les frais de gestion et de bureau auraient été fixés à 149 millions, en progression de 24%.

Du côté des fonds gérés, le temps est au beau fixe. La masse des capitaux dans le secteur Private Banking a augmenté de 7 milliards (+9%) depuis la fin 1999. Même si le volume des fonds gérés est important (73 milliards), la croissance est en dessous de la moyenne du secteur. De l'autre côté, les fonds gérés dans le secteur Gestion de fortune institutionnelle ont augmenté de 20%. Ce résultat, supérieur à la moyenne du secteur, montre qu'il y a eu un effet de transfert de fonds entre banques au sein de la branche. Ainsi, il est probable que les bonnes performances du poste Gestion de fortune institutionnelle de Julius Baer se soient faites au détriment de certaines grandes banques (notamment UBS) qui auraient perdu des parts de marché.

Selon Madeleine Hofmann, analyste au Credit Suisse First Boston (CSFB) à Zurich, «les trois secteurs de la gestion de fortune ont enregistré une forte augmentation de la rentabilité par rapport à 1999. La raison principale vient de la hausse globale de la part des actions». Ce constat confirme les propos de Jan Bielinski, directeur de la communication de Julius Baer, qui souligne que «les fonds gérés sont passés de 128 à 146 milliards. Cette progression de 14% est à mettre sur le compte de l'afflux d'argent frais et à la bonne performance du marché.»