L’exception horlogère se confirme de plus belle. Evoluant complètement à contre-courant d’autres secteurs, la branche continue de se jouer du marasme conjoncturel. Numéro un mondial du secteur, Swatch Group a même publié mardi des chiffres semestriels record. Interview avec son directeur général Nick Hayek.

Le Temps: L’horlogerie est une exception avec des taux de croissance élevés alors que la récession menace dans bien des pays. Comment l’expliquer?

Nick Hayek : L’explication réside dans le fait qu’il n’y a pas de récession dans la plupart des pays. Il faut arrêter de croire ce que le casino de la bourse crée comme rumeurs pour après en profiter. C’est de la pure spéculation! J’ai toujours pronostiqué que, pour l’année, la croissance des exportations horlogères serait plutôt de l’ordre de 5 à 10% que de 15-20%. Il y a un ralentissement en Chine et à Hongkong dans le prestige et le très haut de gamme. Au Swatch Group, cela est bien compensé par la croissance dynamique des marques du haut, du milieu et de l’entrée de gamme comme Longines, Rado, Tissot et Swatch.

– Pourtant des pays européens sont au plus mal…

– Cela ne nous a pas empêchés de réaliser un chiffre d’affaires mondial de 3,847 milliards de francs, supérieur de 14,4% à celui du semestre pourtant record de 2011. Certaines zones géographiques en plein essor, comme la Russie, le Moyen-Orient, la Malaisie ou les Etats-Unis pour ne citer qu’elles, font mieux que de compenser d’autres qui ne connaissent pas le même dynamisme. Mais même en Grèce nous affichons une hausse de nos ventes pour certaines marques.

– L’Europe souffre…

– C’est l’impression que donnent les bourses. Il faut arrêter de se concentrer sur ce seul aspect. Les habitants continuent par exemple d’acheter des téléphones portables, de partir en vacances. Et achètent donc aussi des montres. Nos chiffres le prouvent. Bien sûr que l’Europe a des difficultés. Mais elles sont encore amplifiées par le facteur boursier. Prenez l’évolution des taux des obligations d’Etat. Ils ne correspondent à aucune réalité, ne sont pas échangés sur un vrai marché. Fondamentalement, les problèmes de ces pays ont été identifiés. Il convient maintenant de les résoudre…

– C’est-à-dire?

– N’en prenons qu’un seul, celui de la flexibilité du marché du travail. Une problématique particulièrement délicate en Italie. On ne peut pas systématiquement travailler moins pour gagner autant de salaire, voire encore davantage. Cela dit, la substance de ces nations européennes en difficulté existe, il faut maintenant redynamiser l’ensemble.

– Comment se présente le deuxième semestre pour vous?

– La croissance devrait être dynamique dans tous les segments et régions, particulièrement aussi hors Asie. L’affaiblissement chinois pourrait durer jusqu’en octobre, lorsqu’un nouveau gouvernement sera élu. Toutefois, la barre record des 8 milliards de francs de chiffre d’affaires reste l’objectif de l’exercice 2012. Et je suis confiant que le groupe y parviendra, puisque le deuxième semestre est en général supérieur au premier. Et nous bénéficierons de l’effet Jeux olympiques pour notre marque Omega, chronométreur de la manifestation. Même si cela nécessite des investissements importants, de l’ordre de 100 à 200 millions de francs.

– Ce qui portera le bénéfice 2012 à…

– Si aucun changement significatif n’intervient, notre bénéfice net dépassera la barre de 1,5 milliard de francs cette année.

– Que peut-on déjà dire pour 2013?

– Fondamentalement, on doit accepter des taux de croissance de 5 à 10%. C’est beaucoup plus sain et il faut arrêter d’exagérer. Je suis donc relativement confiant. Mais il ne faut pas que la croissance soit artificielle en poussant les exportations sans qu’il y ait un client au bout pour les montres suisses. Pour Swatch Group, 2013 sera la poursuite de notre chemin vers les 10 milliards de francs de chiffre d’affaires, qui seront atteints dans quelques années.