Le secteur des techniques médicales semble passionner les investisseurs. La salle était comble lors de la présentation des résultats 2000 du groupe Jomed, spécialisé dans les implants utilisés en chirurgie cardiaque. La société, enregistrée aux Pays-Bas mais codirigée depuis la Suède et la Suisse (Schaffhouse), a révélé un bond de son bénéfice net de 272% à 7,9 millions d'euros (environ 12,2 millions de francs, voir tableau), ainsi qu'une progression de son chiffre d'affaires de 90% à 83,1 millions d'euros. Mais, surprise, cette bonne performance ne s'est pas du tout traduite dans le cours du titre. Bien au contraire, ce dernier plongeait de 20% en début de séance jeudi pour clôturer la journée en baisse de 14% à 62,25 francs. Une piteuse performance qui, selon certains analystes, s'explique par la manière dont la société a présenté ses comptes.

Rien de grave, si ce n'est que les éléments non-récurrents liés aux nombreuses acquisitions réalisées par Jomed en 2000 (Medi Dyne, IRL ainsi que la société californienne EndoSonics) étaient inclus dans le revenu opérationnel du groupe (EBIT) en tant qu'éléments exceptionnels, alors qu'ils auraient dû être présentés à part. La présentation de ces éléments non-récurrents équivalents à 2,05 millions d'euros (1,3 million de francs) a non seulement plombé la marge opérationnelle du groupe (résultat opérationnel divisé par le chiffre d'affaires), mais a également rendu très difficile toute comparaison avec l'année précédente. Rien de tel pour énerver les analystes dans leurs laborieux calculs…

Mais la gaffe ne s'arrête pas là. Jomed, qui a racheté la société californienne EndoSonics à l'automne 2000, s'est débarrassé en novembre d'une participation qu'avait EndoSonics dans une autre société, Radiance Medical. Le fruit de cette vente, un gain en capital d'une valeur de 7 millions d'euros, a lui aussi été intégré en tant que «revenus autres» dans le résultat opérationnel du groupe. Alors que, par définition, il n'était pas du tout lié aux opérations du groupe. Encore une fois, il aurait dû apparaître sous forme de revenu non-récurrent ou exceptionnel.

Ceci dit, une fois ces éléments remis à leur bonne place dans le compte de pertes et profits du groupe, certains analystes ont trouvé un résultat net légèrement inférieur à leurs attentes. Alors que le chiffre d'affaires, lui, correspondait bien à ce qu'ils avaient prévu.

Le titre du groupe, qui a plus que doublé depuis son introduction au Nouveau Marché suisse en avril 2000, a perdu presque toute sa valeur depuis le début du mois d'octobre. Jomed est détenu à hauteur de 16,9% par son président, Tor Peters (voir tableau), ainsi que par la famille fondatrice d'origine suédoise Sunnanväder (le groupe a été fondé en 1991 par Lars Sunnanväder).

Rassurer les investisseurs

Une période de «lock-up» de douze mois a été instaurée depuis l'introduction en Bourse du groupe, pendant laquelle les principaux actionnaires n'ont pas le droit de revendre leurs participations. Mais l'échéance approche. Afin de rassurer les investisseurs, Tor Peters a promis qu'aucun des actionnaires majoritaires ne liquiderait «de manière significative» ses participations cette année. Une déclaration que certains analystes ont particulièrement appréciée. Nombre d'entre eux restent positifs sur le groupe et pensent que le titre ne descendra guère plus bas. «La correction a permis au titre de rejoindre un niveau de valorisation comparable à d'autres compagnies actives dans le même secteur», pense l'un d'entre eux.

En attendant, Jomed poursuit son chemin. Principalement actif dans la fabrication de gaines qui consolident les artères malades, le groupe cherche aussi à se diversifier, notamment dans la chirurgie cardio-vasculaire des valves mitrales.