Les Etats-Unis prennent souvent l'allure d'un gigantesque laboratoire. C'est particulièrement vrai dans les secteurs de la pharmacie et de la biotechnologie. Les ventes de médicaments devraient avoir progressé, en 1997, de 10% contre à peine 4% en France et 0% en Allemagne (5% au niveau mondial, selon Merrill Lynch). Novartis compte y renforcer ses activités. La multinationale suisse, qui a présenté mardi à Londres ses résultats en détail, a ainsi engagé aux Etats-Unis 400 commerciaux afin de profiter de ce marché en croissance. Cet effort pourrait doper ses ventes dans l'agrochimie et en particulier dans le génie génétique (par exemple maïs transgénique) massivement intégré dans l'agriculture américaine. Au niveau de la vente des médicaments, le groupe essayera d'enrayer le tassement des deux premiers mois de 1998, assez décevants. Côté chiffres clés, Novartis a annoncé un résultat net en progression de 38%, à 6,783 milliards de francs, un bénéfice net en hausse de 43%, à 5,211 milliards et un bénéfice par action de 76 francs (+43%).

Autre renforcement axé sur les Etats-Unis: l'engagement d'un nouveau chef santé et pharma, l'Américain d'origine grecque Jerry Karabelas, qui occupait la fonction de vice-président du secteur pharma chez SmithKline Beecham(lire ci-dessous). Selon Novartis, ce nouveau dirigeant allie connaissances scientifiques de haut niveau et multiples expériences commerciales . Ce renforcement se traduit dans les chiffres. Les coûts de marketing et de distribution ont ainsi augmenté de 22%, davantage que ceux dévolus à la recherche et au développement (+19%). Dans le même temps, les frais administratifs ont chuté de 16%. L'an dernier, ce sont les secteurs pharma et agrochimie qui ont tiré en avant les ventes. Avec une croissance du chiffre d'affaires de 2,54 milliards de francs, le secteur pharma demeure le moteur central du groupe. Les médicaments phares restent le Sandimmun et son cousin le Neoral qui, à eux deux, représentent plus de 1,8 milliard de francs de ventes (+8%). La vente de médicaments génériques a progressé de 14%. Parmi les médicaments nouveaux, Novartis place beaucoup d'espoirs sur l'antihypertenseur Diovan, dont les ventes ont atteint l'an dernier 116 millions de francs. Patron de Novartis, Daniel Vasella a aussi indiqué que le groupe «donnerait la priorité» aux produits porteurs, limités à 65 dans le «pipeline» de la firme. Parmi eux, Daniel Vasella a cité le Starlix dans la prévention du diabète et le Zelmac pour calmer les douleurs du côlon.

La division agrochimique s'est également bien comportée, grâce à de fortes ventes d'herbicides. Dans le secteur des produits génétiquement modifiés, Novartis poursuit l'introduction dans le marché du maïs transgénique, résistant à la larve d'un papillon gourmand, mais aussi de variétés transgéniques de soja et de betteraves sucrières. Là encore, les Etats-Unis forment un marché test: sous peu, l'ensemble du soja qui y est cultivé devrait être transgénique. Les dirigeants de Novartis ne se sont guère attardés sur la division nutrition, qui pose davantage de problèmes. La marge opérationnelle de cette division est la seule à enregistrer un recul en 1997, à cause du poids de la restructuration de Gerber. Le poids de la nutrition diététique au sein de cette division est d'un tiers. Même si ce secteur, qui regroupe des marques telles que Wasa, Ovomaltine, Isostar ou Gerblé, reste modeste à l'échelle du groupe, Novartis défend toujours sa première place européenne dans la nutrition sportive, sa première place mondiale dans le domaine du pain croustillant et sa seconde dans celui des boissons maltées.

Au niveau de l'effectif, Novartis poursuit son opération de suppression de doubles emplois. A fin 1997, 87200 personnes travaillaient pour le groupe, contre 93 800 un an auparavant. Environ 9100 postes ont été supprimés et 2400 personnes ont été engagées, dont une moitié de commerciaux. En Suisse, les suppressions de postes se sont traduites par une cinquantaine de licenciements. D'ici à 1999, Novartis a planifié la suppression de 12000 postes de travail: la multinationale a réalisé les trois quarts du chemin.