Horlogerie

Le bénéfice de Swatch Group a reculé de moitié au premier semestre

Le groupe biennois a publié vendredi un avertissement sur résultats. L'action s'effondre, alors que les événements de Nice ne laissent plus augurer une amélioration des dépenses touristiques en Europe

Ce n'est qu'une confirmation. Pourtant, l'annonce de Swatch Group a été reçue comme une surprise qui a causé la dégringolade de l'action du numéro un mondial de l'horlogerie.

Vendredi, le groupe biennois a publié un avertissement sur résultats. Une mauvaise nouvelle qui valide une fois encore la thèse d'un fort ralentissement dans le secteur horloger et du luxe en général. Comme le gendarme boursier le lui oblige, Swatch Group a prévenu officiellement que ces résultats seraient substantiellement différents des attentes. Ceux-ci seront détaillés le jeudi 21 juillet. 

A la fin du premier semestre, le groupe a prévu de dégager un bénéfice net et opérationnel réduit de moitié, voire davantage. De 50 à 60%, a-t-il indiqué dans son communiqué. Le chiffre d’affaires devrait s’afficher en recul de 12%. La marge opérationnelle a donc baissé de 900 points de base, calcule l’analyste de Vontobel, René Weber, de 18% à 9%. «Soit c’est un désastre, soit c’est le résultat de dépréciations».

Swatch Group explique que les ventes sont en diminution sur «les marchés importants» comme Hongkong et une partie de l’Europe, notamment la France et la Suisse. Ces régions souffrent, directement ou non, de la baisse de fréquentation liée aux attentats perpétrés à Paris en novembre dernier.

Objectif 0%

En Europe, les dépenses touristiques ont chuté de 17%, par rapport à l'an dernier. Selon Global Blue, le recul atteint 18% en France, en Italie et en Allemagne. La société nyonnaise, spécialisée dans la détaxe, indique aussi que les Chinois de passage sur le vieux Continent dépensent 25% de moins qu'il y a un an.

Les événements de Nice, survenus jeudi soir, ne devraient pas améliorer ce climat de consommation, alors que les arrivées de touristes à Paris par vols réguliers ont déjà chuté de plus de 10%, depuis janvier. «Au tout début de l'année 2016, les signaux étaient positifs, a raconté le patron du groupe, Nick Hayek, à l'agence Bloomberg. Les réservations en France et en Suisses devaient reprendre au printemps, nos ventes pouvaient progresser de 5% dans ces pays. Après ce qu'il s'est passé à Nice, je vais devoir revoir ces prévisions à la baisse».

En Chine continentale, Swatch Group écrit par contre que les ventes «se développent positivement». Globalement, l'objectif 2016 est de finir le plus près possible de 0%, précise Nick Hayek. 

Des paris à la baisse

A la bourse suisse, l'action du groupe s'est effondrée de plus de 13% à l'ouverture. Vers 15h, elle baisse encore de 8%, à 262 francs environ. C'est 25% de moins qu'il y a un an. 

C'est que la défiance vis-à-vis du secteur du luxe ne date pas de vendredi. Les signaux se sont multipliés ces derniers mois. En mars, le Financial Times signalait que l'action de Swatch Group figurait en tête des titres européens les plus empruntés. Autrement dit, 29% des titres disponibles étaient prêtés par des actionnaires à des fonds qui, dans la majorité des cas, les avaient empruntés pour les vendre à découvert - pariaient sur une baisse prochaine. Le scénario de vendredi leur a donné raison. 

Dans le sillage de Swatch Group, c'est l'ensemble du secteur qui souffre à la bourse, notamment Richemont ainsi que les Français LVMH et Kering.

Annulations de commandes

Le propriétaire de Swatch, Tissot, Omega ou Breguet sent d'ailleurs ralentir le pouls de l’horlogerie dans son ensemble. Sa marche des affaires est également pénalisée par «les nombreuses annulations de commandes de tiers» pour des mouvements et des composants.

Si la chute de son bénéfice est d’une telle ampleur, c’est lié à «la tradition et la philosophie industrielle à long terme de ne pas considérer ses employés comme un simple facteur de coûts mais au contraire, de maintenir les effectifs», souligne Swatch Group. «Le groupe n'a pas ajusté sa base de coûts (à la différence de Richemont, ndlr). Voilà pourquoi il souffre de manière aussi marquée», confirme Jon Cox, l'analyste de Kepler Cheuvreux, cité par Bloomberg. 

«Cela montre que le groupe n’a pas vraiment réagi à la chute marquée des ventes», pointe quant à lui René Weber. L'analyste de Vontobel s’attendait à un recul du chiffre d’affaires de -7%, soit un peu mieux que la chute de -9,5% des exportations horlogères (fin mai).

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