Le Temps: Vous présidez la direction de la Banque nationale depuis le 1er janvier. Qu’allez-vous changer au triumvirat que vous formez avec Thomas Jordan et Jean-Pierre Danthine, qui vient de le rejoindre?

Philipp Hildebrand: Cela fait presque sept ans que je travaille à la direction générale, et depuis plusieurs années avec Thomas Jordan; il y a donc peu de nouveauté. J’ajoute que cette banque n’est pas menée par un président, mais par la direction générale. La crise m’a convaincu que cette structure de gouvernance est une grande chance; elle nous a permis d’agir rapidement. Mon but est de tout faire pour encore renforcer la collégialité.

– Votre mandat débute dans une période de grande incertitude économique. Les taux d’intérêt pourraient-ils être relevés avant que la reprise ne soit confirmée?

– C’est surtout l’incertitude autour de notre économie et de ses perspectives d’inflation qui va déterminer le calendrier de ce que l’on appelle la «normalisation» de la politique monétaire. Pour le moment, notre scénario de base est modérément optimiste pour la reprise de l’économie suisse.

– Parmi ces incertitudes, l’endettement exponentiel des Etats étrangers vous préoccupe-t-il?

– Cet endettement est une conséquence directe de la crise. Il est essentiel que les gouvernements concernés présentent des stratégies crédibles pour reconsolider leur budget et réduire leur endettement une fois que la reprise s’affermisse. Les Etats ont l’avantage sur les individus de pouvoir le faire sur la durée. Un Etat peut même prendre beaucoup de temps. Il y a des précédents historiques, comme le cas de l’Angleterre après les guerres napoléoniennes qui a mis environ un siècle pour y parvenir.

– De grandes banques s’apprêtent à verser à nouveau des bonus record. Cela vous choque-t-il?

La BNS ne peut aborder cette problématique qu’avec sa perspective bien particulière de banque centrale. Celle-ci consiste à dire que la rémunération ne doit pas devenir une source de risque pour la stabilité financière. Les principes du Conseil de stabilité financière (FSB) sont axés uniquement sur la question du lien entre les modèles de rémunération et les risques pour la stabilité financière. Bien entendu, on peut aborder cette question avec beaucoup d’autres perspectives : le niveau absolu des rémunérations, les aspects éthiques, l’aspect fiscal. Mais pour nous, ce qui compte est de savoir si les méthodes de rémunération en place sont compatibles avec les critères de stabilité financière.

Retrouvez l’intégralité de cette interview demain dans l’éditon papier du «Temps».