Sur son site internet, la grande banque suisse UBS affichait jeudi 529 places de travail vacantes; celui de Credit Suisse 600. A Bâle, Roche compte 500 postes à repourvoir. Chez l'agence de recrutement Manpower, la demande pour des placements temporaires se poursuit depuis un an. Mais, et c'est nouveau, celle pour des emplois fixes démarre très fort. Elle s'attend à 30% de plus qu'en 2005.

Bref, les millions de bénéfices réalisés en 2005 par les entreprises suisses, surtout les grandes, commencent à se traduire en places de travail. L'embellie a commencé dès le dernier trimestre 2005. Selon l'Office fédéral de la statistique qui a publié jeudi son baromètre trimestriel sur l'emploi, cette évolution positive devrait se poursuivre au cours des prochains mois.

L'optimisme est vraiment de mise. Ce qui explique la révision à la baisse du taux de chômage par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), de 3,8% en 2005 à 3,5% en 2006 et à 3,2% en 2007.

«Dans le secteur secondaire, les offres d'emploi explosent et, souvent, les entreprises peinent à recruter, notamment dans le bâtiment et dans l'horlogerie», explique Charles Bélaz, directeur de Manpower Suisse. Au 4e trimestre 2005, la progression de l'emploi dans ce secteur a été de 1,1%.

Pour 2006, ce sont les grandes entreprises qui montrent la couleur. «Nous avons connu des années difficiles en 2002-2003, notamment à Genève, explique Pascal Barraudy, chef du recrutement chez Credit Suisse en Suisse romande. Maintenant, la situation est nouvelle: de nouveaux clients arrivent et de nouveaux produits se multiplient.» Pour faire face à la demande, Credit Suisse dispose de 600 postes supplémentaires en 2006.

UBS surfe aussi sur la vague de croissance. Cette banque, comme Credit Suisse, cherche 600 conseillers bancaires, fiscalistes, juristes, chefs de projets en 2006. Le porte-parole Axel Langer espère surtout trouver les talents. «Il y a un vrai problème de pénurie de personnes qualifiées en Suisse», dit-il.

Autre pôle de création d'emplois, la pharma. Novartis se fait un plaisir de montrer que le personnel en Suisse a augmenté constamment, malgré la mauvaise conjoncture ces dernières années, de 7145 en 2001 à 8678 en 2005. «Cette année, nous allons créer 250-300 nouvelles places de travail, contre 200 en 2005 ou en 2004, affirme le porte-parole Lewis Chris. Nous sommes sur un marché en croissance et cela se répercute sur les emplois.» Même son de cloche chez Roche qui compte créer 362 nouveaux emplois en 2006, comme l'an dernier. «Chez nous, l'essentiel de la croissance se fait à l'étranger», explique le porte-parole Baschi Dürr.

La pharma suisse cherche essentiellement des compétences pour ses divisions «Recherche et Développement». Dans ce secteur, on estime qu'un emploi direct et à haute valeur ajoutée donne lieu à deux ou trois embauches chez les fournisseurs.

Cette euphorie n'est toutefois pas de mise dans le commerce de détail, autre grand employeur en Suisse. «La situation est difficile à cause de la stagnation des chiffres d'affaires, la baisse des marges et l'arrivée de nouveaux concurrents, déclare Martina Bosshard porte-parole chez Migros. Nous n'allons donc pas créer de nouveaux postes en 2006.»