Les compagnies de shipping publient des bénéfices records tant les prix des conteneurs ont grimpé. Le leader du secteur, AP Moller-Maersk, a fait état au premier semestre d’un chiffre d’affaires de 26,7 milliards de dollars (24,5 milliards de francs) et d’un bénéfice (Ebitda) de 9,1 milliards, en hausse respectivement de 44% et de 183%. En début d’année, les analystes prévoyaient un bénéfice de 4,5 milliards de dollars en 2021 pour le groupe danois; ils anticipent désormais un chiffre autour des 14,5 milliards.

Dans l’industrie des porte-conteneurs, ces résultats ne sont pas une exception. L’allemand Hapag-Lloyd, un autre poids lourd, a gagné autant d’argent ces six derniers mois que sur les dix dernières années. «Ce qu’on a vu en 2021, je ne sais pas si on le reverra à nouveau», a affirmé son patron au Financial Times. Et MSC, le groupe genevois en passe de dépasser Maersk en capacité de tonnage? En mains privées, il ne publie pas ses résultats financiers.

Lire aussi: MSC, cette firme discrète qui bouscule le commerce maritime

La pandémie a exacerbé les déséquilibres dans la répartition mondiale des conteneurs, créant des manques importants. Dans certains ports, les conteneurs font défaut tandis que dans d’autres plateformes de fret il y en a beaucoup trop. Les restrictions ont aussi causé des embouteillages dans de nombreux ports. L’offre limitée en conteneurs a engendré des hausses historiques des prix. Faire transporter un conteneur de 40 pieds de la Chine à la côte Est des Etats-Unis coûte depuis cet été plus de 10 000 dollars, un record, contre moins de 2000 dollars en août 2020, selon le Freightos Baltic Index. Une explosion similaire est enregistrée sur toutes les grandes lignes maritimes, notamment entre la Chine et l’Europe.

Si la situation continue, les armateurs pourraient ensemble réaliser 100 milliards de dollars de bénéfices en 2021, selon le cabinet Drewry Maritime Research. Soit plus de 15 fois les bénéfices qu’ils ont générés en 2019.

Lire aussi: Des conteneurs vaudois veulent bousculer le transport maritime

«Nous ne nous attendons pas à ce que les taux de fret se stabilisent à court terme», selon Karsten Michaelis, responsable du fret maritime chez DHL, cité par l’agence Bloomberg. «La combinaison d’une année de perturbations, d’un manque de conteneurs, de la congestion des ports et d’une pénurie de navires dans les bonnes positions crée une situation où la demande de fret continue de largement dépasser la capacité disponible.»

De quoi susciter des tensions, alors qu’un régime de taxe au tonnage dans de nombreux pays (pas en Suisse, mais des discussions ont lieu à Berne en vue de l’adopter) permet au secteur de payer peu d’impôts. Ce régime impose les entreprises selon leur tonnage et non sur leurs revenus. Quand ces derniers sont faibles, ce qui a largement été le cas cette dernière décennie, elles y perdent au change. Mais quand les performances financières sont bonnes, les prélèvements fiscaux paraissent minimes.

Lire aussi: Cette boîte qui a façonné l’économie mondiale

Les dix principales entreprises de shipping détiennent plus de 80% des capacités globales et elles ont créé trois grandes alliances pour s’assurer de meilleurs taux de remplissage des navires. Plus de 80% du commerce transite par voie maritime, un secteur responsable de près de 3% des émissions mondiales de CO2, selon l’ONU.

Cet été, Maersk a acheté huit bateaux capables de transporter 16 000 conteneurs et de carburer soit aux combustibles traditionnels soit au méthanol, une solution plus respectueuse de l’environnement. D’ici à 2050, l’armateur a annoncé vouloir réduire à zéro ses émissions de carbon, tandis que le secteur entend les diviser par deux.