«Nous nous trouvons au sommet du cycle de l'industrie des transports aériens. Il n'y a donc pas de quoi pavoiser: je ne connais pas une seule compagnie aérienne qui n'a pas connu de bonne année en 1997… Nous devons confirmer nos bons résultats dans les prochaines années, lorsque le cycle retombera.» Président de la direction générale de SAirGroup, Philippe Bruggisser n'est vraiment pas enclin à sombrer dans l'autosatisfaction.

Lundi, le transporteur aérien suisse, qui présentait pour la première fois son bilan de l'exercice écoulé sous son nouveau nom, affichait pourtant ses meilleurs résultats depuis 1991. Avec en particulier un résultat opérationnel (EBIT) en hausse de 91% à 658 millions de francs, un bénéfice net de 324 millions en lieu et place d'une perte de 497 millions l'année précédente (voir le tableau ci-contre), et surtout des chiffres noirs dans toutes les divisions, lignes aériennes comprises. La hausse, de 2,3 milliards, du chiffre d'affaires comprend notamment un bonus de 655 millions dû aux effets de change.

Pour 1998, les dirigeants de SAirGroup sont «raisonnablement optimistes», et l'objectif de 12% de rentabilité des capitaux investis devrait être atteint sans peine, selon Georges Schorderet, directeur financier. Le coût moyen des capitaux engagés devrait avoisiner 8%. Chiffre d'affaires et marge opérationnelle pour les deux premiers mois de l'année en cours sont en accord avec les attentes, et en progression par rapport à 1997 (qui avait connu un mauvais départ). Mais Philippe Bruggisser a refusé de donner des objectifs chiffrés sur l'année: «Je ne suis ni un pronostiqueur, ni un devin, ni même une sorcière», a-t-il répondu à la question d'un journaliste.

Les quelque 40 000 employés de SAirGroup (l'an dernier, 500 postes ont été créés, 2000 ont disparu et 8800 personnes ont rejoint le groupe via des acquisitions) ont désormais la motivation de travailler dans une entité rentable à tous points de vue – une participation aux résultats 1997 a été versée, pour un total de 95 millions (lire ci-dessous l'interview de Jeffrey Katz, patron de Swissair). La division SAirLines (transport de passagers) dégage ainsi 264 millions de profit avant impôts, Swissair (y compris Balair/CTA Leisure) approchant les 200 millions sur ce poste. Le transfert des vols long-courriers à Zurich a permis une économie de 40 millions, et un taux de remplissage supérieur vers l'Afrique, ce qui compense largement les pertes de passagers à Genève sur ces destinations. A noter que toute la flotte du groupe est désormais gérée par une nouvelle division, Flightlease, dont la comptabilité s'établit en dollars US. D'ici à 2006, le groupe et ses alliés devraient voler exclusivement Airbus. Et dès 1999, le vol Genève-New York sera assuré par un A-330.

Une alliance pour gagner

des parts de marché

SAirGroup consolide ses liens stratégiques en Europe au sein d'une nouvelle alliance baptisée Qualiflyer Group, du nom de son programme de fidélisation de la clientèle. Outre Sabena et Austrian Airlines, déjà présents dans Atlantic Alliance avec Delta, on y trouve trois compagnies du sud de l'Europe: TAP Air Portugal, Turkish Airlines et AOM (France). Crossair, Lauda Air et Tyrolean rejoindront l'alliance sous peu. Au sujet de TAP, Philippe Bruggisser a annoncé que SAirGroup avait demandé au gouvernement portugais une participation de 20% dans la compagnie lusitanienne – la privatisation démarrera sans doute cet été.

Le réseau européen permet à Swissair de se constituer un marché potentiel de 150 millions d'habitants, avec des synergies importantes dans tous les domaines, et une harmonisation des horaires (près de 300 destinations dans 125 pays). Ombre à ce tableau, les négociations avec Air One semblent mal se passer, les Suisses ayant des doutes sur l'état réel des finances de la compagnie italienne. Qualiflyer Group reste par ailleurs ouvert à d'autres partenaires.

Au sein de SAirServices (EBIT: 127 millions), la satisfaction provient avant tout des progrès de SR Technics et de l'expansion à l'étranger de Swissport, l'entité de service au sol. SR Technics a décroché un gros contrat de transformation de 15 DC-10 (trois navigants) en MD-10 (deux navigants) pour le compte de Federal Express; Swissport, en combinaison avec la division informatique Atraxis, a acquis une position assez forte dans plusieurs pays européens, notamment en Turquie. Dans le domaine du cargo (SAir Logistics, EBIT: 43 millions), l'alliance européenne va permettre de nouvelles synergies. Le groupe a également pris une participation dans Cargolux; la nature stratégique de cette prise de capital n'est pas encore évidente au yeux de la direction – la compagnie basée à Francfort souffre de sous-capacité. SAirRelations, la plus grosse division en personnel (20 700 employés) continue d'être une vache à lait: l'EBIT atteint 181 millions. Gate Gourmet, désormais numéro un mondial dans le catering, est ainsi devenu premier fournisseur de British Airways. Philippe Bruggisser a été clair: «Dans ces secteurs reliés à l'industrie du transport aérien, nous ne souffrons pas d'obstacles protectionnistes ni de pressions politiques, toutes choses qui empoisonnent notre métier de base. C'est là que nous devons renforcer notre croissance par de nouvelles acquisitions.»

Seul point noir, le rachat d'Allders, la chaîne britannique de boutiques hors taxe: «Nous avons sous-estimé les problèmes d'intégration, et la crise asiatique a eu un effet négatif de 30% sur nos points de vente australiens», a précisé le PDG de SAirGroup. Une provision de 102 millions pour risque de goodwill a été inscrite au bilan.