Questions à

Editorial

«Le risque systémique chinois n’existe pas»

Pour Benoît Descourtieux, il faut faire le tri entre les performances générales du marché actions chinois et les opportunités que peuvent présenter certaines entreprises. Il recommande de se concentrer sur les sociétés qui créent de la valeur, visible par les profits récurrents.

Le Temps: Le yuan va-t-il continuer à s’apprécier?

Benoît Descourtieux: Le yuan va continuer à s’apprécier, mais les autorités veulent éviter que cela se produise trop rapidement et avec d’importantes fluctuations. Quoi qu’il en soit, cette appréciation est acquise, ce qui entraîne une spéculation importante qui pèse sur la devise et sur les flux de capitaux. En intervenant, les autorités veulent faire peur à ces spéculateurs et leur faire comprendre qu’il n’existe aucune garantie que l’appréciation soit linéaire.

– On parle beaucoup du ralentissement de la croissance en Chine. Qu’en pensez-vous?

– Il n’y a aucune inquiétude à avoir. La croissance ralentit, c’est vrai. A terme, elle tombera forcément en dessous de 7%, et même de 6%. Mais nous avons observé une évolution identique en Europe, lorsque les industries «du passé», comme le charbon ou l’acier, sont devenues moins pertinentes et qu’il a fallu se repositionner sur des segments plus porteurs. Dire que la croissance ralentit revient, dans le détail, à ignorer les dispersions immenses entre secteurs. Certains affichent une croissance solide avec des profits récurrents qui dépassent les 20%. C’est sur ce dernier point qu’il faut se con­centrer et mesurer la «vraie» croissance d’une entreprise. Et là, personne ne peut remettre en cause l’émergence de la Chine qui devient développée.

– Quid du niveau d’endettement, jugé «inquiétant»?

– Certains observateurs font des comparaisons entre les «subprime» et l’endettement chinois. Cela n’a rien à voir. L’effet de levier reste modeste en Chine en comparaison avec les châteaux de cartes des «subprime». Le risque systémique chinois n’existe pas. Le secteur bancaire est public et prête au secteur public, des mises en faillite sont donc plus théoriques que pratiques. Et, pour ce qui est des prêts douteux, ils seront rééchelonnés et donc affecteront les bilans progressivement. L’ajustement se fait dans le temps et, jusqu’ici, plutôt bien. Il ne faut pas oublier que les forces du marché ne s’imposent pas. Le secteur bancaire n’est pas le plus performant et les banques comptent d’importantes créances douteuses, mais elles ont aussi des marges élevées.

– Globalement, les performances du marché des actions ne sont pas très élevées. Comment trouver des sociétés qui génèrent de la valeur?

– Regarder les indices de marché est simpliste, la dispersion restant énorme. L’an dernier, les sociétés chinoises de la bourse de Hong­kong sont en moyenne restées aux environs de zéro. Or, 51% des titres ont baissé et 49% ont monté. Cela montre bien qu’il existe des opportunités. C’est vrai pour tous les marchés. Au Japon, la bourse a perdu 30% depuis 2000 mais plus de la moitié des titres se sont appréciés. Depuis 1988, date de mon premier voyage professionnel en Chine, des analystes prédisent l’éclatement d’une bulle dans ce pays. Je l’attends toujours. Bien sûr, des crises ont éclaté, des problèmes ont été découverts. Mais le développement continue avec des difficultés évidentes dans ce genre de parcours. De la même façon, les Etats-Unis ont connu un développement évident sur cent ans avec des crises telles que 1929, 1987 et 2008, auxquelles ils ont survécu. La Chine est dans un même scénario de transformation sans qu’il faille attendre un soudain arrêt de l’émergence de ce pays.

– Y a-t-il des secteurs plus intéressants?

– Certains secteurs sont jugés «d’avenir» par le gouvernement ou par le parti. Cela a été le cas du solaire, par exemple. Ce n’est pas forcément la bonne approche pour un investisseur, qui doit se concentrer sur des critères de rentabilité et jamais sur des arguments politiques. L’élément de rentabilité peut donner lieu à des tendances sectorielles. Par exemple, en Thaïlande, en Corée, en Indonésie ou au Japon, le ciment représente un secteur attrayant. Mais ce n’est pas le cas en Chine, où aucun titre du secteur ne montre une véritable qualité de management et de rentabilité. L’actionnaire ne s’y retrouve pas. En revanche, les groupes pharmaceutiques, en général, sont intéressants. Ces entreprises sont souvent bien gérées, elles disposent d’une expertise et d’une rentabilité solides. Ensuite, il s’agit de sélectionner les meilleures actions.

– Quel rendement visez-vous?

– Cela dépend de la croissance de nos mesures de profits récurrents. Elle est actuellement de 24% en rythme annuel. Nous travaillons pour trouver la vraie rentabilité au-delà de ce que les sociétés annoncent, notamment pour voir si elles trichent éventuellement.

* Fondateur d’Oriental Patron Investment Management, gérant du China Organic Growth Fund