Déjeuner avec Benoît Dubuis

De la biotech à la bande dessinée

Le directeur du Campus Biotech à Genève veut faire émerger des produits innovants

Organiste et ancien choriste, il a aussi la fibre artistique

Avant de partir déjeuner, Benoît Dubuis effectue une visite guidée du Campus Biotech. Les 40 000 mètres carrés de l’ancien site de Merck Serono à Sécheron semblent peu habités. Pourtant, 200 collaborateurs y sont déjà actifs – des chercheurs essentiellement –, répartis sur cinq bâtiments. Des laboratoires jouxtent une garderie qui accueille quelques enfants. Une porte vitrée laisse percevoir un fitness. Quelques personnes sont attablées aux tables de la nouvelle cafétéria.

«Nous devrions être près de 450 d’ici à la fin de l’année», se réjouit Benoît Dubuis, en faisant notamment référence à l’arrivée, en automne, du Centre pour les neuroprothèses de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ainsi que du Humain Brain Project. Le Sleep Lab, une antenne d’expérimentation clinique des Hôpitaux universitaires de Genève, prévoit également d’y emménager. «Nous allons d’ailleurs tout prochainement installer un IRM», précise-t-il.

Parallèlement, près de 8000 mètres carrés sont réservés pour le Centre Wyss pour la bio- et neuro-ingénierie. «Le site de Sécheron sera également mis à la disposition de start-up ou de sociétés», souligne Benoît Dubuis. A terme, le Campus Biotech, créé sous l’impulsion de l’EPFL, de l’Université de Genève, de l’Institut Wyss et de la famille Bertarelli, devrait accueillir 1000 personnes. Vendredi, le Centre Wyss a d’ailleurs annoncé la nomination de son directeur, le neuroscientifique américain John Donoghue.

Il est presque 13 heures. Benoît Dubuis ne semble pas tiraillé par la faim. «Nous pouvons déjeuner dans mon bureau ou sur une terrasse», propose-t-il. Scientifique, entrepreneur, auteur de bandes dessinées et musicien, il opte finalement pour le restaurant du Jardin botanique. Sur le trajet menant au Pyramus, il évoque sa passion pour la musique. Organiste et ancien choriste, il a notamment œuvré au sein du couvent Sainte-Ursule à Sion. Un art qu’il continue d’exercer. Il a même restauré son propre instrument, un orgue de 1870, dans son chalet à Savièse. Chez lui, à Ecublens (VD), il joue quotidiennement au piano, instrument qu’il a enseigné à deux de ses trois enfants.

Arrivé sur le lieu de son choix, après une promenade dans le Jardin botanique, Benoît Dubuis explique qu’il considère le restaurant comme une oasis. «J’aime cet endroit au cœur de la Genève internationale pour son parc et sa vue sur le lac.» Sans consulter la carte, il opte directement pour le buffet de salades. «Ils proposent de vrais légumes de la région», précise-t-il, tout en commandant une eau pétillante.

Benoît Dubuis ne se considère pas comme un épicurien. Doté d’un grand sens de la diplomatie, une qualité nécessaire pour pouvoir gérer les relations avec les scientifiques et les entrepreneurs, il se définit comme un passionné. «Par ma famille en priorité», lance-t-il sans hésitation. Par la biotechnologie également.

Mais aussi par la bande dessinée. Il vient de finaliser le troisième tome de Number One «next», un thriller pédagogique autour des sciences de la vie. «J’écris pour partager mes expériences. Les deux premiers tomes ont été vendus à 18 000 exemplaires», précise-t-il en présentant ses calepins noirs qui le suivent partout. «J’y fais des croquis et y conçois des scénarios. J’ai déjà de la matière pour les quatre prochains tomes, et j’imagine une bande dessinée, cette fois sans lien avec les sciences de la vie. De la pure science-fiction», souligne ce féru de Thorgal, Largo Winch ou les XIII.

Comment trouve-t-il le temps de se pencher sur ses BD, en plus de ses fonctions de directeur du Campus Biotech, de président de Bioalps ou d’Inartis, deux programmes qui visent à promouvoir l’innovation dans les sciences de la vie? «J’accumule chaque jour des éléments. Une fois la trame établie, la rédaction me prend environ deux jours pendant mes vacances, souvent à Noël.»

Né il y a 47 ans en Valais, dans une famille catholique traditionnelle, Benoît Dubuis était un enfant sage et studieux, aimant «monter et démonter les objets qui l’entouraient, comprendre et imaginer». Sa mère, enseignante, lui a transmis une certaine créativité. «Encore aujourd’hui, je fais un peu de peinture. J’aime travailler avec mes mains», dit-il, avant de se lever pour faire son choix au buffet de salades.

Latiniste, diplômé du Conservatoire de Sion, Benoît Dubuis se tournera vers des études d’ingénieur chimiste à l’EPFL, qu’il complétera avec un doctorat de biotechnologie à l’EPFZ. Il démarrera sa carrière dans le monde de l’industrie, puis rejoindra l’EPFL en tant que doyen chargé de mettre sur pied la Faculté des sciences de la vie. Puis, il co-fondera, avec Jesus Martin-Garcia, le fonds Eclosion à Plan-les-Ouates (GE), un incubateur destiné aux start-up actives dans les sciences de la vie. «Chaque nouveau poste est le fruit d’une rencontre. J’ai toujours eu beaucoup de chance», concède Benoît Dubuis, en croquant dans une feuille de salade.

Et d’ajouter: «J’ai quitté Eclosion pour éviter tout potentiel conflit d’intérêt.» En revanche, il accompagne toujours à titre bénévole diverses initiatives, dont Bioalps et Inartis, qui vient d’inaugurer un laboratoire communautaire ouvert à tous gratuitement dans le bâtiment des Imprimeries réunies, à Renens (VD). «Son but est de faire émerger des innovations hors du cadre académique», précise Benoît Dubuis, qui a conçu le projet, géré par Carmelo Bisognano, responsable de la stratégie pour ce réseau de promotion de l’innovation.

Quant au Campus Biotech, son directeur – qui ne prend ni dessert ni café – souhaite y expérimenter un nouveau modèle d’innovation et de collaboration. «Cet institut favorisera la transdisciplinarité et poussera aux collaborations dans le but de faire émerger des produits innovants à même de faciliter la vie des patients et de contribuer à un monde meilleur», prévoit Benoît Dubuis. Il se laisse tenter par un thé noir, avec un peu de lait. «J’aime beaucoup les douceurs», tient-il tout de même à préciser.

«Encore aujourd’hui, je fais un peu de peinture. J’aime travailler avec mes mains»