MiFID II

Benoît Lallemand: «Les réformes ne sont pas suffisantes»

Pour Benoît Lallemand, analyste senior de l’organisation Finance Watch, le petit investisseur n’est toujours pas assez protégé

«Les réformes ne sont pas suffisantes»

Le Temps: Etait-il nécessaire de passer à MiFID 2? Benoît Lallemand: Une révision était prescrite dans MiFID 1. Elle était donc obligatoire. Une régulation est si vite périmée; il était nécessaire de l’adapter à l’évolution des marchés.

– Cette révision est-elle assez ambitieuse?

– La directive s’étend aux produits dérivés et aux obligations. C’est la grande nouveauté. Et, entre-temps, il y a eu la crise qui a poussé la Commission à songer à une réforme en profondeur. Son objectif est de stabiliser les marchés financiers à long terme et d’assurer que ceux-ci fonctionnent davantage au service de la société et non des spéculateurs. MiFID 1 avait des failles.

– L’industrie financière a-t-elle facilement accepté le projet de réforme de la Commission?

– Elle a tout fait pour faire barrage. Dans une certaine mesure, elle a réussi parce que la protection des investisseurs n’est pas totalement assurée. La Commission voulait, par exemple, interdire les rétrocessions, une pratique qui encourage un vendeur à proposer, contre un gain financier, certains produits plus que d’autres. Elle aurait dû aller plus loin sur ce point. Dans la crise des «subprime», les grandes banques étaient certes victimes d’avoir émis ou vendu des produits complexes et d’avoir pris des risques excessifs, mais les petits investisseurs étaient aussi les grands perdants.

– Voulez-vous dire que le compromis est un texte dilué? – Les négociateurs (Commission, Conseil et Parlement) ont, malgré tout, réussi à maintenir certaines ambitions de départ. En fin de compte, il y a un compromis. C’est une évolution, pas une révolution. Il y a beaucoup d’avancées, mais elles ne sont pas suffisantes.

– En quoi?

– La spéculation prime encore sur les investissements à long terme et le texte ne fait rien pour changer cela. Il aurait fallu questionner le principe fondamental de MiFID et veiller à ce qu’il y ait plus de transactions sur le marché primaire que sur le marché secondaire, où la règle du jeu est la spéculation sur le court terme. La spéculation sur les matières premières, par exemple, ne bénéficie pas aux consommateurs. Pour Finance Watch, la priorité doit être portée sur le marché primaire, où les fonds levés sont destinés à financer des activités réelles.

– Qu’en est-il du trading à haute fréquence?

– Nous notons une évolution positive. Le régulateur disposera d’une boîte à outils qui lui permettra aussi de limiter les positions. Toute la question maintenant est de surveiller les limites. On devrait restreindre les opérations lorsqu’elles sont visiblement des achats et des ventes purement spéculatifs.

– MiFID 2 ne renforce-t-elle pas la transparence?

– On peut désormais négocier des dérivés et des obligations sur des plateformes transparentes. Ce changement a été voulu par le G20, qui a affirmé que les dérivés avaient joué un rôle important dans la crise. Aupa­ravant, l’opacité était la règle du jeu.

– Comment s’organisera la surveillance? – MiFID 2 accorde un rôle accru à l’Autorité européenne des marchés financiers. Celle-ci a même le pouvoir de faire retirer un produit du marché si elle considère qu’il est toxique et qu’il peut représenter des risques systémiques. C’est un pas dans la bonne direction.

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