Au début de l'année, les lunetteries Berdoz ont racheté les quatre enseignes du réseau Paro Optic, à Nyon, Versoix, Rolle et Zermatt. Cette acquisition augmente d'un tiers le chiffre d'affaires de Berdoz Optic, qui atteint 23 millions par année, répartis sur 17 magasins. La petite chaîne devient ainsi numéro deux en Suisse romande, devant le groupe allemand Fielmann, et numéro quatre à l'échelle nationale. Pour Marc-Etienne Berdoz, cette stratégie de croissance par acquisition, qui pourrait l'amener à franchir la Sarine, est une garantie d'indépendance dans un marché en concentration.

Le Temps: Pour le rachat de Paro, qui a fait le premier pas?

Marc-Etienne Berdoz: C'est moi. Nous sommes très présents de l'autre côté de l'Arc lémanique, mais entre Lausanne et Genève, nous étions plus faibles. J'ai simplement contacté M. Paroz et nous avons négocié. Cette acquisition nous a permis de compléter rapidement et efficacement notre réseau.

- Un groupe japonais détient 17,8% de votre capital. Comment en êtes-vous venus à une telle alliance?

- En 2000, je cherchais à me développer, et il fallait que j'augmente mon capital. Après avoir rencontré plusieurs grands groupes européens, j'ai été présenté au propriétaire de Paris-Miki. C'est le troisième plus grand groupe d'optique dans le monde, et le numéro un en Asie. Berdoz est leur seule prise de participation en Europe. L'avantage de cette alliance, c'est qu'avec la distance, nous restons très indépendants. Aussi, elle nous donne accès à des verres d'une rare qualité, à des coûts réduits. Les économies d'échelle sont importantes, puisque Paris-Miki à lui seul vend plus que tout le marché Suisse. Et dans l'optique, le Japon a une excellente capacité d'innovation grâce à son savoir-faire industriel dans les appareils photo. Cela nous donne un avantage concurrentiel intéressant.

- Pensez-vous vraiment que cette différence de qualité est perçue par vos clients? Souvent, on choisit une monture qui nous plaît et ensuite, on est captif pour le choix des verres...

- Ça dépend chez qui! Nos opticiens prennent le temps de remplir une fiche qui résume les qualités et les prix des verres que nous conseillons. Nos clients peuvent ensuite aller faire des comparatifs chez nos concurrents, sur la base d'informations transparentes - une qualité qui, paradoxalement, manque encore beaucoup dans notre métier... De prime abord, nous pouvons être perçus comme un peu plus chers, mais à qualité comparable, nous sommes plus avantageux.

- Cela fait près de dix ans que vous faites de la publicité à votre effigie. Pourquoi?

- Je voulais une communication qui incarne l'entreprise, et montre mon engagement personnel en tant qu'opticien. A l'époque, de nombreux groupes étrangers aux enseignes très analogues arrivaient en Suisse et je voulais que Berdoz Optic se différencie. Cet objectif est parfaitement atteint, à en croire les sondages d'image. Je conçois que ce type de communication puisse gêner, surtout en Suisse, où il ne faut surtout pas se mettre en avant. Mais je ne cache pas que pour le faire, il faut une certaine prédisposition au narcissisme...

(Ndlr: dans le bureau de Marc-Etienne Berdoz, il y a une table de travail, une table de réunion, et un miroir de deux mètres sur deux.)