Au moment où le Conseil fédéral se demande à qui il pourra céder tout ou partie de ses actions Swisscom, les Allemands passent à l'action.

Le gouvernement fédéral à Berlin cède un paquet d'actions Deutsche Telekom pour 2,68 milliards d'euros à Blackstone Group. Ce fonds d'investissement américain investit pour la première fois dans une société sous contrôle public.

L'opération est sensible. Il y a moins d'un an, alors qu'il présidait le Parti social-démocrate, Franz Müntefering avait lancé l'anathème contre les fonds d'investissement. Ils les avaient comparés à une nuée de sauterelles s'abattant sur les entreprises pour en tirer des profits à court terme.

Blackstone va acheter 191,7 millions d'actions, ou 4,5% de Deutsche Telekom, au prix de 14 euros pièce, a indiqué lundi la banque de développement du gouvernement allemand dans un communiqué.

Les actions Deutsche Telekom se sont appréciées jusqu'à 5% à 14,33 euros, leur plus grand gain en trois ans. Elles s'échangent à peu près au même prix que celui auquel elles avaient été introduites en Bourse en 1996. Elles avaient reculé de 11% l'année dernière. Même ébranlé par des difficultés, le secteur de la téléphonie mobile attire des investisseurs comme Blackstone et Kohlberg Kravis Roberts & Co, tous deux basés à New York.

«Cette opération est sans l'ombre d'un doute positive pour Deutsche Telekom», a déclaré Martin Sirch, un gérant de fonds chez HSBC Investment Deutschland à Düsseldorf qui couvre 24 milliards de dollars. «Il n'aurait pas été aisé de vendre ces actions au détail sur le marché alors que la performance du secteur est si mauvaise», ajoute-il.

Le bénéfice net de Deutsche Telekom a plus que triplé, notamment grâce à sa filiale T-Mobile USA.

La vente réduit la part de KfW dans Deutsche Telekom, le numéro un européen de la téléphonie, à 17,5%. L'Etat allemand détient par ailleurs une autre participation de 15,2%.

Comme c'est l'Etat qui contrôle KfW, Blackstone va devenir le plus grand actionnaire après les pouvoirs publics et obtiendra un siège au conseil de surveillance.

KfW s'est engagé à ne plus vendre d'actions pendant un an. Blackstone a accepté de garder ses titres Deutsche Telekom au moins deux ans. «Nous sommes déterminés à être des investisseurs à long terme», a déclaré Stephen Scharzman, le directeur général de Blackstone. Les réactions dans le monde politique étaient hier plutôt positives.