Officiellement tout va bien entre Pékin et Berlin. Très bien même puisque leurs relations économiques n’ont jamais été aussi étroites. Les exportations allemandes vers la Chine ont été multipliées par huit depuis l’an 2000, faisant de Pékin le quatrième partenaire commercial de Berlin et le troisième plus gros client de l’industrie automobile nationale. De son côté, l’Allemagne s’inscrit, de loin, comme le principal partenaire commercial européen des Chinois.

Mais voilà, l’appétit grandissant de Pékin pour les fleurons technologiques allemands risque de ternir la visite officielle de cinq jours en Chine que le ministre de l’Economie Sigmar Gabriel entreprend ce mardi. En une semaine, Sigmar Gabriel a en effet suspendu deux procédures de reprises d’entreprises par des investisseurs chinois. La première concerne Aixtron, équipementier de semi-conducteurs, sur lequel Fujian Grand Chip Investments (FGC) a lancé une OPA en juillet. Le fond d’investissement a proposé 670 millions d’euros pour cette entreprise et reçu le soutien de 65% des actionnaires. Or vendredi 21 octobre, alors qu’expirait la période d’offre, le gouvernement allemand est revenu sur son feu vert pour des «raisons de sécurité» en matière de «technologie de défense».

Veto fédéral

Quelques jours plus tard, on apprenait la suspension, de nouveau par le ministre de l’Economie, des négociations entre le spécialiste bavarois d’ampoules, Osram, et le Chinois San’an Optolectronics. Selon la loi allemande, le gouvernement fédéral peut poser son veto lors de l’achat d’une entreprise par un investisseur étranger lorsque «l’ordre public ou la sécurité» de la République fédérale sont menacés. Dans les cas présents, le ministère n’a voulu donner aucun détail.

Ces deux affaires révèlent en tout cas le malaise qui entoure l’intérêt grandissant des investisseurs chinois envers le Mittelstand, ce réseau de petites et moyennes entreprises qui fait la réputation du Made in Germany. D’après le cabinet Ernst&Young, 37 entreprises allemandes ont été rachetées par des Chinois durant les six premiers mois de l’année 2016, soit autant qu’en 2015. «La peur des entrepreneurs est compréhensible», juge Galina Kolev, du centre de recherche DIW de Cologne. «Ils se demandent ce que vont devenir leur technologie, leur savoir-faire, leurs emplois. Mais dans la plupart des cas, l’expérience montre que ces craintes sont infondées. Les investisseurs chinois ont maintenu les emplois et renforcé les entreprises achetées», estime-t-elle.

Appel à la vigilance

Sigmar Gabriel souhaiterait des garanties en la matière. A un an des élections législatives, le chef du parti social démocrate, se présente donc comme le garant des intérêts économiques nationaux. Il a élaboré un plan en six points destiné au gouvernement fédéral et aux instances européennes afin de limiter les acquisitions d’entreprises européennes par des investisseurs extérieurs. Il estime qu’il faut «créer des instruments pour protéger les technologies liées à la sécurité» et appelle à la vigilance envers les acquisitions par des «entreprises liées à un État» qui «lient l’appropriation de technologies à des ambitions géopolitiques».

Lors de sa visite en Chine, Sigmar Gabriel souhaite aussi faire remonter aux oreilles des autorités locales les critiques des entrepreneurs allemands. «Les règles chinoises rendent les investissements des plus en plus difficiles» constate-t-il. «Si les Chinois veulent devenir une économie de marché, ils doivent agir aussi sur ce point», lance-t-il dans une interview publiée dimanche. Pas sûr que cet activisme plaise à ses hôtes.