Les mois à venir diront si les dirigeants européens se sont vu forcer la main par les marchés. S’ils se sont pliés aux exigences d’un gouvernement grec se révoltant contre les taux élevés exigés par ces mêmes marchés et assurant être sur le point de frapper à la porte du Fonds monétaire international. Ou s’ils ont estimé que la solidité de la zone euro – monnaie présentée il y a six mois encore comme une alternative au dollar – exigeait une preuve de solidarité minimale envers ses membres les plus affaiblis.

Dos au mur, les chefs d’Etat des deux plus importants pays de l’Union monétaire se sont mis d’accord jeudi sur un plan de soutien à la Grèce. A l’issue de plusieurs heures de suspense qui ont tenu en haleine tout le Conseil européen. D’autant que, dimanche, la chancelière Angela Merkel assurait que la Grèce n’était pas à l’ordre du jour du Conseil européen réuni jeudi et vendredi à Bruxelles. Le président Nicolas Sarkozy répétait son opposition à toute intervention du FMI.

En milieu d’après-midi, au cours d’une rencontre précédant le sommet des vingt-sept chefs d’Etat, les deux dirigeants se sont entendus sur une proposition «décrivant très précisément les conditions d’intervention dans la zone euro», selon un conseiller de la présidence française. Cette proposition met en jeu «des prêts bilatéraux» accordés par les pays membres à des «taux non subventionnels». La contribution de chacun serait calquée sur sa richesse et sa population. Si une partie des prêts viendrait du FMI, le «financement européen doit rester majoritaire», expliquent les proches de l’Elysée. Son de cloche différent côté allemand où l’on parle de «participation substantielle du FMI».

En début de soirée, aucun montant n’était encore précisé, cette aide ne devant être «déclenchée qu’en cas de difficultés sérieuses et si aucune autre solution n’est disponible», a-t-on expliqué côté français. Analyste de la Société Générale à Paris, Ciaran O’Hagan assurait dans l’après-midi que «la Grèce n’est absolument pas en situation de défaut de paiement». Dans la matinée, les économistes de Goldman Sachs avaient évoqué un prêt possible de 20 milliards en provenance du FMI, tandis qu’un diplomate européen parlait de besoins potentiels de la Grèce de 20 et 30 milliards d’euros.

Avant d’être détaillée, cette proposition «d’une page et demie» devait être validée, dans la soirée, par l’ensemble des seize pays de la zone euro et les 27 Etats de l’Union européenne.

La Banque centrale européenne a également apporté son soutien à ce «filet de sécurité» financier, tout en déplorant l’intervention du Fonds monétaire international. En outre, un peu plus tôt dans la journée, son président Jean-Claude Trichet a annoncé le prolongement, «au-delà de 2010» des exigences très souples requises des banques en échange de la fourniture de liquidités par son institution. Mis en place au paroxysme de la crise pour les inciter à financer l’économie, ce système permet également aux établissements européens – en particulier grecs – d’accorder des prêts cruciaux pour Athènes.

De son côté, la Suisse a annoncé hier son intention d’apporter sa contribution à la Grèce. Se défendant de «vouloir s’ingérer dans les affaires de l’Union européenne», la présidente de la Confédération Doris Leuthard a justifié cette décision par «les problèmes» que pose la faiblesse de l’euro – et donc la force du franc – «pour les exportations de la Suisse». Le pays réalise plus des deux tiers de son commerce extérieur avec l’Union.