Justice

Bernard Tapie blanchi en correctionnelle

L’ancien ministre et entrepreneur français n’a pas été jugé coupable de «fraude» pour obtenir son fameux arbitrage de 2008 à 403 millions d’euros

Une ultime victoire. Peut-être la dernière pour un homme, ancien ministre, entrepreneur, ex-propriétaire du club de foot de Marseille, qui n’a cessé depuis les années 1980 de bousculer les élites et la vie politique française, à la manière d’un Silvio Berlusconi en Italie.

Mardi, Bernard Tapie, son ancien avocat Maurice Lantourne et l’actuel patron d’Orange Stéphane Richard ont été relaxés par le Tribunal correctionnel de Paris, à l’issue d’un procès de près d’un mois qui s’était tenu en mars-avril. Un coup de tonnerre judiciaire, alors que le parquet réclamait 5 ans de prison ferme pour Bernard Tapie, 3 ans de prison dont 18 mois avec sursis pour Stéphane Richard, et 3 ans de prison avec sursis pour Maurice Lantourne.

Ce «blanchiment» généralisé des prévenus signifie qu’aucun d’entre eux n’a tenté par des moyens illégaux d’extorquer les 403 millions d’euros de l’arbitrage favorable rendu en juillet 2008 dans l’affaire dite «Adidas-Crédit Lyonnais». Ceci, alors que cet arbitrage a, lui, été cassé définitivement le 18 mai 2017 par la Cour de cassation, imposant le remboursement de cette somme à Bernard Tapie. Sans que l’on sache si cela pourra intervenir un jour…

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Une forme de revanche

L’intéressé, âgé de 76 ans et atteint d’un grave cancer, n’était pas présent à l’audience lors de l’énoncé de ce jugement. Mais il peut y voir une forme de revanche judiciaire, après des décennies passées à ferrailler contre son vieil adversaire: l’ex-Crédit Lyonnais, qu’il accuse de l’avoir acculé au dépôt de bilan en 1994 et d’avoir revendu Adidas avec une confortable plus-value, pour éponger ses propres pertes alors que la banque était en quasi-faillite.

Lors des longues journées d’audience, auxquelles il avait assisté la plupart du temps assis sur une chaise, au bout de la rangée des coaccusés, Bernard Tapie avait plusieurs fois éructé, allant jusqu’à demander à l’ancien patron du Crédit Lyonnais Jean Peyrelevade s’il «n’avait pas honte» de se défausser ainsi de toute responsabilité. La défense de l’homme d’affaires, brièvement ministre de la Ville en 1992 sous la présidence de François Mitterrand, avait aussi fait feu de tout bois sur l’absence de preuves d’une éventuelle «fraude» pour obtenir l’arbitrage favorable.

Lobbyiste né, d’une rare ténacité, l’entrepreneur n’a en revanche jamais nié avoir fait pression jusque dans les couloirs de l’Elysée et du Ministère français des finances pour obtenir une compensation financière, profitant notamment de ses accointances avec l’ancien président Nicolas Sarkozy, au pouvoir au moment des faits.

Déroute de l’Etat français

Ce jugement marque surtout la déroute de l’Etat français, empêtré dans ses contradictions. Lorsque le parquet de Paris met en examen Bernard Tapie en juin 2013 pour «escroquerie en bande organisée», le président de la République se nomme François Hollande, et la volonté de «tuer» cet ami de Nicolas Sarkozy est manifeste. Mais les faits manquent à l’appui.

Une femme peut aussi se satisfaire de ce jugement rendu mardi: l’ex-ministre des Finances Christine Lagarde, désignée pour la présidence de la Banque centrale européenne. En décembre 2016, celle-ci avait été reconnue coupable de «négligence» dans l’arbitrage Tapie. L’absence de fraude et d’escroquerie allège donc sérieusement les doutes qui demeuraient envers son action dans ce dossier.

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