Pour l’instant, les attaques contre la place financière suisse sont circonscrites. L’annonce de l’assouplissement de la position helvétique en matière de secret bancaire devrait permettre à la Suisse d’éviter de figurer sur la liste noire de paradis fiscaux du G20.

Samedi, le secrétaire américain au Trésor Tim Geithner a salué la décision du Conseil fédéral d’abandonner la distinction entre fraude et évasion fiscale au niveau international. Le même jour, le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz a reçu à Londres du premier ministre britannique Gordon Brown une forte assurance que le pays ne figurera pas sur la liste préparée par le G20.

«Je ne suis pas en mesure de confirmer que nous n’y serons pas, mais comme je connais Gordon Brown depuis très longtemps, j’en suis presque sûr», a déclaré le ministre des Finances après la rencontre. Reçu à Downing Street, il a fait valoir que la reconnaissance des normes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur l’évasion fiscale annoncée vendredi «fait tomber l’argument» de la présence helvétique sur la liste noire. «Gordon Brown m’a affirmé qu’il partageait mon souci et qu’il fallait tout faire pour l’éviter.»

En échange de ce geste, qu’est-ce que la Suisse pourra obtenir? Une place au G20, un groupe de pays industrialisés et émergents qui prépare une rencontre au sommet pour début avril, est-elle envisageable? «Je trouve que cela serait souhaitable, mais pas nécessaire, répond Hans-Rudolf Merz. Et pour le moment, ce n’est pas possible. Il y a d’autres pays qui veulent faire partie du G20 et qui sont prêts à être admis depuis la création de ce groupe.» En revanche, un strapontin helvétique n’est pas complètement exclu: «J’ai offert nos services pour les groupes de travail».

Enfin, la décision de la Suisse de mettre fin à sa différenciation entre évasion et fraude fiscales à la veille de la rencontre des ministres des finances des pays du G20 n’est-elle pas un aveu de faiblesse? Hans-Rudolf Merz estime au contraire que le moment choisi était le bon. «Si on avait été les premiers à faire un geste, tous les clients auraient fui. Mais en prenant tous la même décision cette semaine, on ne peut pas dire que c’est un affaiblissement de la Suisse. Le timing de la décision est parfois aussi important que son contenu.»

Il reste que, malgré les accolades de ce week-end, la pilule est difficile à avaler pour la Confédération. Notamment, l’OCDE, dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni font partie des membres importants au même titre que l’Allemagne ou la France, a préparé en secret sa propre liste de paradis fiscaux. La Suisse y figurait, mais n’en a pas été informée. Et ce, bien qu’elle soit membre de l’organisation et que sa ministre de l’Economie, Doris Leuthard, soit vice-présidente du conseil…

Dans la NZZ am Sonntag, la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a répété qu’il s’agit d’un procédé inacceptable de la part du secrétariat, qui ne doit pas se reproduire. Quant à la renégociation des accords de double imposition, le moyen par lequel Berne entend ouvrir la porte aux démarches d’entraide dans le cas de soustractions fiscales, les travaux préparatoires débuteront ces prochains jours, avec des visites de la ministre dans plusieurs capitales européennes.

Du côté de l’OCDE, le secrétaire général Angel Gurría s’est félicité dimanche dans un communiqué du pas fait par la Suisse et d’autres pays, le Liechtenstein, le Luxembourg et l’Autriche notamment. Il s’agit pour lui du résultat de douze ans de travail de l’organisation sise à Paris, combiné à l’approche du sommet du G20, début avril à Londres.

Si tous les pays du G20 ont salué samedi à l’occasion d’une réunion préparatoire à Horsham, en Angleterre, le geste de la Suisse, ils n’ont pas relâché la pression concernant les paradis fiscaux. «Qui aurait cru qu’on arrive à de tels résultats, avec autant de pays qui ont fait leur coming out?» se félicite Christine Lagarde, la ministre française de l’Economie. Avant d’ajouter, lors d’une conférence de presse commune avec son homologue allemand: «Nous voulons aller plus loin en ce qui concerne les centres non coopératifs.»