La Suisse est disposée à réduire, de façon importante, les subventions à l'agriculture. C'est la position qu'a soutenue l'ambassadeur Luzius Wasescha, délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dont les membres se rencontrent cette semaine à Genève pour faire le bilan des négociations entamées l'an dernier. Le directeur général de l'OMC, le Néo-Zélandais Mike Moore, s'est donné jusqu'à juillet pour avancer «à 95%» dans les différents dossiers et préparer sereinement la quatrième conférence ministérielle du commerce. Celle-ci aura lieu en novembre à Doha, au Qatar, et si tout va bien, un nouveau cycle de négociations commerciales y serait lancé. En 1999, le lancement du Millenium Round avait capoté à Seattle, notamment à cause du dossier agricole qui divise profondément les pays membres de l'OMC.

Actuellement, l'agriculture suisse est l'une des plus subventionnées au monde. Selon l'ambassadeur Luzius Wasescha, le Conseil fédéral couperait notamment dans les mesures de soutien interne ainsi que dans les subventions à l'exportation. Le marché suisse serait par ailleurs plus ouvert aux produits étrangers. «Mais ces concessions seraient graduelles et ne toucheraient pas les instruments financiers qui permettent aux paysans de remplir des fonctions sociales et environnementales», insiste l'ambassadeur. A ce propos, la Suisse se félicite que désormais, une majorité de pays veut défendre la multifonctionnalité de l'agriculture. Introduites par Berne lors des négociations de l'Uruguay round, les préoccupations non-commerciales avaient peu séduit les négociateurs. L'ambassadeur Wasescha a aussi fait ressortir que les propositions suisses avaient été au préalable discutées avec les paysans et autres milieux concernés.

Regards rivés sur

les Etats-Unis

A l'OMC, après trois jours de travail et moult propositions, les négociateurs se sont mis d'accord pour poursuivre les discussions. Aucun délai n'a été fixé pour les conclure. «Peu importe s'il faut deux ans, cinq ans ou dix ans. L'essentiel est qu'elles se poursuivent», déclare l'ambassadeur. Il ajoute que la division schématique entre pays en voie de développement et pays développés est du passé, qu'il y a une grande diversité de situations et que chacune d'entre elles requiert un traitement différencié.

La Suisse est particulièrement attentive aux Etats-Unis, où la nouvelle administration républicaine a démontré sa volonté de jouer simultanément sur les plans multilatéral, au sein de l'OMC, et régional, au sein de la zone de libre-échange nord-américaine. Washington subventionne indirectement largement son agriculture mais veut démanteler les aides directes pratiquées notamment en Europe, au Japon, en Corée du Sud et en Suisse.