L’Office fédéral de santé publique (OFSP) prépare une petite révolution sur le marché des médicaments génériques qui peut conduire à casser les prix, en les réduisant de moitié. 425 millions de francs seraient ainsi gagnés sur une facture annuelle de 850 millions payée à l’industrie pharmaceutique et aux pharmaciens, a calculé l’association Intergenerika, qui est montée ce matin au créneau pour combattre ce projet en gestation.

Le principe, déjà connu en Allemagne ou au Danemark, consiste à fixer un prix de base pour la substance active. Tout médicament vendu plus cher serait pénalisé car le patient, et non l’assurance-maladie, devrait payer la différence. Cette tentative de pression énorme sur les prix, puisque pour rester sur le marché les fabricants se livreront à une guerre des prix afin de parvenir au montant fixé par l’OFSP, est vivement combattue par Intergenerika.

«La liberté de choix du patient doit être préservée», insiste Peter Huber. Le directeur d’Intergenerika estime qu’un tel système tuerait l’innovation galénique, soit la possibilité de recevoir différentes formes convenant aux patients (poudre, pilule, emballages personnalisés) et entraînerait finalement des coûts supplémentaires à charge de l’ensemble du système de santé. «Si le patient n’obtient pas le médicament qui lui convient, avec le conseil personnalisé ad hoc, ou est obligé de changer ses habitudes, le traitement ne sera pas suivi, ce qui entraînera des coûts supplémentaires pour le système de santé, notamment des hospitalisations inutiles», explique Peter Huber.

Le Surveillant des prix a dénoncé à plusieurs reprises la trop grande différence de prix entre le même médicament générique, vendu cher en Suisse et bon marché dans plusieurs pays européens, particulièrement en Allemagne. Il recommande au Conseil fédéral d’introduire une base de prix selon la substance active.

Aujourd’hui, le prix de référence d’un générique se calcule en comparaison du prix du médicament original. La différence moyenne en faveur du générique se situe entre 25 et 30%, mais un écart de 10 à 20% comparé au prix du médicament original vendu à l’étranger suffit à le faire rembourser par les caisses maladie. Si cette valeur limite est dépassée le patient doit payer non pas 10% du prix du médicament, comme le veut la règle sur les soins ambulatoires, mais 20%.

Le Conseil fédéral constate que ce système incitatif n’est pas économiquement efficace comparé aux prix nettement inférieurs, de l’ordre de 40 à 60%, pratiqués à l’étranger. En juin 2014, le gouvernement a relevé qu’une économie de 95 millions de francs avait pu être faite. «Ces mesures n’ont donc pas permis de réaliser complètement les économies escomptées», précisait le Conseil fédéral. Il a donc lancé l’idée d’une modification de loi pour introduire le principe du paiement selon la substance active. Les travaux sont toujours en cours, mais sont retardés par une forte opposition de l’industrie pharmaceutique à des modifications concernant le calcul des prix des médicaments brevetés.

Les médicaments génériques, copies bon marché des préparations originales qui ont perdu leur protection par des brevets, stagnent en Suisse. Leur part du marché pharmaceutique représente 17%, contre 43% en Pologne ou 27% en Grande-Bretagne. Cette faible part s’explique notamment par une différence de prix trop faible entre le médicament original et le générique, mais aussi par le refus du législateur d’introduire une obligation de substitution par le pharmacien.

Cette règle, connue dans de nombreux pays européens, consiste à obliger le pharmacien, en présence d’une ordonnance pour un médicament breveté, à fournir un médicament générique équivalent nettement moins cher. Mepha, fabricant suisse de génériques appartenant au groupe israélien Teva, rappelle que si les préparations originales étaient systématiquement remplacées par des génériques, l’économie serait de 180 millions de francs par an pour le système suisse de santé.

L’an dernier, au prix sortie d’usine, le marché des génériques, a représenté 593,1 millions de francs, et 850 millions en chiffre d’affaires final dans les pharmacies. Si le concept du Conseil fédéral se réalise, Thomas de Courten, conseiller aux Etats de Bâle-Campagne et président d’Intergenerika, prévoit le pire. «Le marché suisse des génériques est déjà petit. Si les marges bénéficiaires disparaissent à cause d’une réduction de moitié du prix de fabrique imposé, des fabricants se retireront du marché suisse, et les patients seront obligés d’acheter des médicaments originaux beaucoup plus chers».