Le geste de la Suisse, vendredi, suffira-t-il à lui faire échapper à la liste noire? Alors que les ministres des Finances du G20 se retrouvent, depuis vendredi et jusqu’à samedi soir à Horsham, dans un charmant manoir dans la campagne au sud de Londres, l’un de leurs rares points d’entente était sur les paradis fiscaux. Une liste noire est en préparation, sur laquelle la Suisse est menacée de se trouver.

Mais la décision de la Suisse d’échanger des informations sur les cas d’évasion fiscale a soudain changé la situation. «Je pense que cela devrait être suffisant pour éviter la liste noire», estime, confiante, une source diplomatique suisse. Preuve en est, Hans-Rudolf Merz sera reçu à Downing Street ce samedi à 13 heures, une réunion qui s’est décidée vendredi pendant une conversation téléphonique avec Gordon Brown, le premier ministre britannique. Ce dernier a d’ailleurs publiquement salué la décision suisse: «L’annonce est un vrai pas vers l’échange d’informations entre tous les pays, et le début de la fin pour les paradis fiscaux.» Hans-Rudolf Merz a aussi reçu vendredi après-midi un appel téléphonique positif avec Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor américain.

Mais la Suisse n’est pas pour autant sortie d’affaire. La décision d’accepter les principes de l’OCDE pour les échanges d’informations fiscales n’entrera en vigueur qu’après avoir signé des conventions fiscales bilatérales avec douze pays. La Confédération risque donc pour le moins d’être mentionnée en marge de la liste noire, avec une série d’autres pays, comme devant faire ses preuves.

En échange de son geste, le ministre des Finances espère cependant un retour de la part du G20. Il souhaite en particulier que la Suisse puisse rejoindre le G20, élément sur lequel il a insisté dans sa discussion téléphonique avec Gordon Brown vendredi. Ce ne sera pas possible pour la réunion du 2 avril à Londres, le processus étant trop avancé, mais peut-être dans un deuxième temps.

Enfin, le président de la Confédération sera présent samedi après-midi à Horsham, où se déroulent les négociations du G20. La Suisse n’étant pas membre du G20, il ne participera pas à la session officielle, mais une série de rencontres bilatérales «informelles» sont prévues.

Par ailleurs, le G20 se retrouve dans un climat tendu et relativement flou. Au cœur des dissensions, les Etats-Unis, qui réclament un nouveau plan de relance fiscale, et l’Europe – dette publique oblige – qui préfère des réformes de la régulation financière internationale. Selon une source diplomatique, ce sont ces tensions et le risque de n’avoir aucun résultat concret le 2 avril qui ont concentré les esprits sur les paradis fiscaux. «Nous avons été un bouc émissaire», estime cette source suisse.