Après la Chine, il y a deux ans, la Suisse compte sur la signature prochaine d’un accord de libre-échange avec l’Inde. «C’est notre priorité et j’ai bon espoir que l’Inde soit prête à négocier un compromis», a expliqué à la presse lundi à Genève, le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann après des entretiens avec Narendra Modi. «L’Inde apprécie la position de la Suisse au sein de l’Association européenne de libre-échange (AELE)», a indiqué pour part le premier ministre indien.

Les négociations pour libéraliser le commerce entre les deux pays avaient buté il y a deux ans sur l’épineuse question de la propriété intellectuelle, du fait notamment de l’industrie pharmaceutique suisse dont les «standards sont ambitieux», a expliqué Johann Schneider-Ammann. Il semble que sur ce point la position indienne puisse évoluer. La secrétaire d’État à l’économie, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch sera en fin de semaine à New Delhi pour relancer la discussion avec son homologue indien.

Fraude fiscale: tout peut être discuté

La reprise de ces négociations sera d’autant plus aisée que la principale discorde entre les deux pays devrait aussi trouver une solution: l’évasion fiscale. La question reste au sommet de l’agenda politique de Narendra Modi, un leader nationaliste qui s’est fait élire en promettant de faire la chasse aux fraudeurs qui cachaient leur argent en Suisse notamment. La liste Falciani des comptes de HSBC à Genève, comportant plus de 700 noms de ressortissants indiens, avait fait l’effet d’une bombe politique en Inde.

«L’argent noir et l’évasion fiscale sont une priorité partagée, a expliqué le premier ministre indien sur un ton conciliant. Nous allons procéder à un échange d’informations pour traduire en justice les fraudeurs fiscaux.» Côté suisse, on indique être prêt à tout discuter: le passé, le présent et le futur. Nombre de cas passés de fraude ont été réglés par voie de justice, l’auto-dénonciation ou le transfert de fonds.

Watteville à Delhi

Le secrétaire d’État aux questions financières internationales, Jacques de Watteville, se rendra en Inde la semaine prochaine pour approfondir le dialogue. L’Inde, du fait de son système légal avancé, serait un bon candidat pour la signature d’un accord d’échange automatique d’information. La question du BEPS («Erosion des bases taxables et transfert indu de bénéfices») discutée dans le cadre de l’OCDE sera abordée.

Narendra Modi et Johann Schneider-Ammann ont été rejoints par une vingtaine de représentants de l’économie suisse parmi lesquels Patrick Odier, le président de l’Association suisse des banquiers, et Jean-Daniel Pasche, patron de la Fédération de l’industrie horlogère suisse. L’économie indienne est actuellement la plus dynamique et pourrait devenir un relais de croissance alors que le marché chinois donne des signes d’essoufflement. Les entreprises suisses ont investi 4,5 milliards de francs en Inde et y emploient plus de 100 000 personnes.

Rattraper la Chine

L’Inde se montre par ailleurs très intéressée par le modèle suisse de formation professionnelle. «Il y a une parfaite adéquation entre nos besoins et les forces de la Suisse», a encore indiqué Narendra Modi en invitant les entreprises suisses à devenir des partenaires clés. Le premier ministre a fait état d’un ambitieux programme de construction: 50 millions de logements abordables, développement de la route, du rail, et d’aéroports, l’électricité accessible pour tous, la promotion des énergies renouvelables et de la connectivité digitale.

Largement dépassée par la Chine ces trois dernières décennies, l’Inde, dont la population s’élève à 1,25 milliards d’habitants, veut rattraper son retard en libéralisant son économie, selon une autre promesse du premier ministre qui a profité de son passage à Genève pour rencontrer les scientifiques indiens travaillant au CERN.


La Suisse soutiendra activement l’Inde

Asie Narendra Modi veut normaliser le statut de son pays
La venue en Suisse de Narendra Modi avait un volet non économique: le nucléaire. New Delhi fait ces jours-ci le forcing pour s’assurer un soutien afin d’adhérer au Groupe des fournisseurs nucléaires (GFN), un régime multilatéral de contrôle des biens nucléaires qui comprend 47 Etats dont la Suisse. Pour le premier ministre nationaliste indien, il s’agit d’une question de prestige sur la scène internationale: la reconnaissance de son pays comme puissance nucléaire responsable.

En 2008, face à l’opposition de la Chine, l’Inde n’avait obtenu qu’un statut d’observateur. Pékin fait remarquer que Delhi, en tant que pays non signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), n’est pas qualifié pour adhérer au GFN. Lors de sa tournée actuelle, qui l’amène de l’Afghanistan aux Etats-Unis, Narendra Modi veut s’assurer le soutien de Berne, de Mexico et de Washington pour surmonter le refus chinois.

«La Suisse va apporter son soutien actif à l’Inde pour son adhésion au GFN dont le processus a débuté», a indiqué Johann Schneider-Ammann. Le président suisse a toutefois précisé qu’il fallait le faire en tenant compte du TNP, sans préciser comment Delhi comptait s’y prendre.

Le GFN tiendra cette semaine une réunion extraordinaire à Vienne, puis une réunion ordinaire en fin de mois à Séoul où la demande de l’Inde devrait être évoquée. Narendra Modi doit également tenir compte du calendrier électoral américain. Il n’est pas certain que le successeur de Barack Obama lui accorde son soutien dans ce domaine.